La Côte d’Ivoire est aujourd’hui confrontée à une menace environnementale silencieuse mais de plus en plus visible : la désertification et la sécheresse. Sous l’effet combiné du changement climatique, des pratiques agricoles peu durables, de la déforestation et de l’exploitation anarchique des ressources naturelles, les sols s’appauvrissent et perdent progressivement leur capacité de production. Cette dégradation fragilise directement les populations rurales, accentue les tensions autour des terres et met en péril la sécurité alimentaire nationale, dans un contexte où l’agriculture demeure un pilier essentiel de l’économie.
Désertification et sécheresse : un modèle agricole ivoirien sous pression
La célébration de la Journée mondiale de lutte contre la désertification et la sécheresse intervient dans un contexte de préoccupations croissantes pour la Côte d’Ivoire. Le pays fait face à une dégradation progressive de ses terres, alimentée par les effets du changement climatique, la déforestation, les pratiques agricoles peu durables et l’exploitation illégale des ressources naturelles.
Les conséquences sont déjà visibles : baisse des rendements vivriers, hausse des prix des denrées, dépendance accrue aux importations alimentaires estimées à près de 2 000 milliards FCFA en 2025, et recomposition des dynamiques agricoles, notamment le déplacement progressif de la zone cacaoyère vers l’ouest forestier. À cela s’ajoutent les migrations internes des populations rurales vers des zones plus fertiles, accentuant les tensions sur les terres.
Dans ce contexte, la dégradation des pâturages et la pression sur les espaces naturels aggravent les conflits d’usage entre agriculture et élevage, révélant un déficit d’aménagement et de gouvernance foncière. Le phénomène, loin d’être marginal, interroge la résilience du modèle agricole ivoirien.
De la gestion des pâturages à la souveraineté alimentaire : quelles réponses structurelles ?
Face à ces défis, les autorités misent sur une approche intégrée articulée autour de la gestion rationnelle des pâturages, de la sécurisation foncière et de la modernisation des pratiques agropastorales via la PONADEPA (2022-2026). Le pâturage tournant, les cultures fourragères, l’aménagement des zones pastorales et la formalisation des droits d’usage apparaissent comme des leviers prioritaires pour restaurer les terres.
La restauration des sols passe également par une meilleure régulation des activités destructrices, notamment l’orpaillage illégal, et par une intensification des politiques de reboisement et de diversification agricole. Certaines filières, comme l’anacarde, ont déjà démontré leur capacité à limiter la pression sur les écosystèmes, sans toutefois résoudre l’ensemble des déséquilibres.
Mais au-delà des outils techniques, l’enjeu est désormais politique et structurel : faire de la lutte contre la désertification un pilier de souveraineté alimentaire et de stabilité économique. Pour la Côte d’Ivoire, il s’agit moins d’un défi environnemental isolé que d’une transformation profonde du rapport entre développement, terre et durabilité.