Retour d’Hervé Renard : un changement qui ne fait pas rêver les Ivoiriens

Vendredi 7 Aout 2026 08:00

Le retour d'Hervé Renard à la tête des Éléphants suscite plus d'indifférence que d'enthousiasme. Pour beaucoup, l'enjeu dépasse le nom du sélectionneur.


Hervé Renard
 

Le retour d'Hervé Renard à la tête de la sélection ivoirienne ne provoque ni euphorie ni véritable surprise. Si le technicien français reste associé au sacre historique de la CAN 2015, son arrivée est accueillie avec beaucoup de retenue par une grande partie de l'opinion. Plus qu'un débat sur les qualités de l'entraîneur, les réactions traduisent une interrogation plus profonde : ce changement était-il réellement nécessaire ?
 

En mettant fin au mandat d'Émerse Faé, la Fédération ivoirienne de football (FIF) a fait le choix de l'expérience. Hervé Renard présente un palmarès difficile à contester. Double vainqueur de la Coupe d'Afrique des nations avec la Zambie en 2012 puis la Côte d'Ivoire en 2015, il possède une solide réputation de bâtisseur et de gestionnaire de compétitions majeures. Son expérience sur plusieurs continents et sa connaissance du football africain constituent des atouts indéniables. Mais la question qui revient avec insistance est simple : qu'apportera-t-il de plus qu'Émerse Faé ?
 

Car, sur le plan sportif, peu d'observateurs estiment que les Éléphants traversaient une crise nécessitant une révolution. Faé laisse une équipe championne d'Afrique en 2024, compétitive, relativement stable et composée d'une génération talentueuse qui continue de mûrir. Certes, tout n'était pas parfait. Des ajustements restaient à faire dans l'animation offensive, la régularité des performances ou encore la gestion de certains matchs. Mais ces insuffisances ne semblaient pas justifier, aux yeux d'une partie de l'opinion, un changement aussi radical.
 

Les partisans d'Hervé Renard avancent plusieurs arguments. Ils estiment que son vécu des grandes compétitions, son leadership naturel et sa capacité à imposer une discipline collective pourraient permettre aux Éléphants de franchir un nouveau cap, notamment les prochaines échéances continentales. Renard est également reconnu pour sa faculté à créer rapidement une dynamique positive dans un groupe. Cependant, ces qualités ne suffisent pas à convaincre tout le monde.
 

Pour de nombreux Ivoiriens, le problème n'est pas tant le profil de l'entraîneur que le contexte de son retour. Son départ précipité après la CAN 2015 reste gravé dans les mémoires. Beaucoup n'ont jamais digéré qu'il quitte la sélection quelques mois seulement après le sacre pour rejoindre un club européen. Cette blessure symbolique ressurgit aujourd'hui, alimentant un sentiment d'incompréhension. Mais au-delà de cette question de mémoire, une idée domine les échanges sur les réseaux sociaux et dans les débats sportifs : le retour d'Hervé Renard n'est pas perçu comme un événement majeur.
 

Contrairement à ce que pourrait laisser penser son prestige, son retour ne déclenche pas une vague d'enthousiasme populaire. Beaucoup considèrent qu'il ne transformera pas fondamentalement une équipe qui disposait déjà d'un effectif compétitif et d'un sélectionneur ayant démontré sa capacité à gagner. En d'autres termes, remplacer Faé par Renard ne représente pas, pour eux, un changement de dimension.
 

Cette perception traduit également une évolution des attentes des supporters ivoiriens. Pendant longtemps, la présence d'un technicien étranger de renom apparaissait comme une garantie de réussite. Aujourd'hui, de plus en plus d'Ivoiriens estiment que les compétences nationales méritent autant de confiance. Le parcours d'Émerse Faé, passé du statut d'intérimaire à celui de champion d'Afrique, a renforcé cette conviction.
 

Au fond, le débat dépasse les personnes. Il pose la question de la vision sportive de la Fédération. Cherche-t-elle simplement un entraîneur expérimenté ou poursuit-elle un projet de développement à long terme ? Le changement d'entraîneur répond-il à une nécessité technique ou à une volonté de relancer une nouvelle dynamique avant les prochaines compétitions ? Autant de questions auxquelles seul le terrain apportera des réponses.
 

Si Hervé Renard réussit à qualifier les Éléphants pour les grandes compétitions et à enrichir le jeu de l'équipe nationale, les critiques s'estomperont naturellement. À l'inverse, si les résultats ne diffèrent pas significativement de ceux obtenus sous Émerse Faé, le choix de la FIF continuera d'alimenter les interrogations.
 

Pour l'heure, une chose semble faire consensus auprès d'une grande partie de l'opinion : le retour d'Hervé Renard ne suscite pas l'effervescence attendue. Plus qu'un nouveau départ, beaucoup y voient un simple changement de visage sur le banc, sans la certitude qu'il modifiera profondément le destin des Éléphants.

Félix N'Guessan
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Félix N'Guessan