À quelques semaines de la rentrée scolaire 2026-2027, fixée au 14 septembre en Côte d’Ivoire, les familles se préparent à reprendre le chemin des établissements scolaires. Mais au-delà des inscriptions et réinscriptions, une autre étape cristallise les inquiétudes : l’orientation et l’affectation des élèves et des étudiants. Pour certains, la décision administrative peut être synonyme de difficultés financières, de longs déplacements ou encore d’un parcours scolaire qui ne correspond pas aux aptitudes de l’enfant.
Le problème est particulièrement sensible lorsque l’élève ou l’étudiant est affecté dans un établissement privé. Si l’État prend en charge les frais de scolarité dans le cadre de l’affectation, les frais d’inscription peuvent, selon les établissements, représenter une charge importante pour les familles.
Mlle Brissi A. en a fait l’expérience après l’obtention de son baccalauréat. Affectée en licence de droit dans un établissement privé situé à Cocody, elle devait parcourir quotidiennement une longue distance depuis Abobo. Mais c’est surtout le montant de l’inscription, supérieur à 300 000 francs CFA, qui a finalement rendu son parcours difficile.
« Mes parents ne pouvaient pas payer ces frais », témoigne-t-elle. Elle envisage alors de poursuivre ses études à l’université Félix Houphouët-Boigny, mais ne parvient pas à concrétiser cette inscription. « Vers la fin, j’ai été obligée d’abandonner. Heureusement que mon concours de Cafop a marché, sinon je serais restée sur les carreaux », raconte-t-elle.
Le cas d’Ange K. Martial illustre une autre difficulté. Affecté en droit dans une école privée à Riviera 2, il a pu poursuivre sa formation jusqu’à la licence grâce à la prise en charge de l’État. Mais à l’issue de la licence 3, la situation change. Pour accéder au master, il devait désormais débourser environ 900 000 francs CFA.
« La bourse de l’État était juste pour les classes de licence. Je me retrouve donc dans une situation où je suis obligé d’abandonner », explique-t-il. Pour lui, la solution serait de reconduire l’aide publique au-delà de la licence lorsque l’étudiant a été affecté dans un établissement privé.
Homologuer les frais d’inscription ?
Face à ces situations, les anciens étudiants proposent une réflexion sur le coût des inscriptions. Pour Mlle Brissi A., les frais d’inscription des étudiants affectés par l’État devraient être homologués, quel que soit l’établissement d’accueil.
L’objectif serait d’éviter qu’un étudiant affecté dans une université publique et un autre affecté dans une école privée ne soient confrontés à des charges d’inscription totalement différentes. Une telle mesure permettrait, selon elle, de réduire le risque que les contraintes financières contraignent certains jeunes à interrompre leur formation.
La question dépasse donc celle de l’affectation elle-même. Elle renvoie à l’égalité d’accès à l’enseignement supérieur et à la capacité réelle des familles à supporter les dépenses qui restent à leur charge.
Quand l’orientation ne correspond pas au profil de l’élève
Au secondaire également, l’orientation peut susciter des interrogations. Après le BEPC, le choix de la série est déterminant pour la suite du parcours scolaire. Or certains parents estiment que l’affectation ne tient pas toujours suffisamment compte des aptitudes et des aspirations de l’élève.
Enseignant à Aboisso, Paul Aboya raconte l’expérience vécue avec sa fille. Après l’avoir accompagnée de la classe de CP1 jusqu’en troisième, il constate qu’elle est orientée en seconde C, alors qu’elle montre davantage de dispositions pour les matières littéraires.
« Dans les matières scientifiques, elle avait la moyenne, mais elle était plus excellente en littérature », explique-t-il. Il décide alors de l’inscrire dans un établissement privé afin qu’elle puisse suivre une série A. Aujourd’hui en terminale A, sa fille obtient de très bons résultats.
Pour ce parent, le choix effectué a été bénéfique. Mais son témoignage pose une question plus large : comment améliorer le système afin que l’orientation corresponde davantage au profil scolaire de chaque élève ?
L’éloignement, un autre obstacle
L’établissement d’affectation peut également poser problème lorsqu’il est situé loin du domicile. Koné A., qui réside à Abobo N’dotré, regrette ainsi l’affectation de son enfant au lycée moderne d’Abobo.
Chaque matin, l’élève doit se réveiller vers 5 heures afin d’arriver à l’heure en classe. Les longues distances, les difficultés liées au transport et la fatigue finissent par avoir des conséquences sur les résultats scolaires.
« Avec cette distance et les bus, les résultats de mon enfant sont très faibles. Je me demande s’il pourra continuer jusqu’en troisième », déplore-t-il.
Vers une révision du système ?
À l’approche de la rentrée 2026-2027, ces témoignages invitent à ouvrir le débat sur les mécanismes d’orientation et d’affectation. L’objectif ne serait pas nécessairement de remettre en cause le principe d’une affectation nationale, mais de mieux prendre en compte plusieurs paramètres : les résultats de l’élève, ses aptitudes, son projet scolaire, la capacité financière de sa famille et, dans la mesure du possible, la distance entre le domicile et l’établissement.
Une meilleure harmonisation des frais d’inscription pour les élèves et étudiants affectés par l’État pourrait également contribuer à réduire les abandons pour des raisons financières. De même, la question de la continuité de l’accompagnement public après la licence mérite d’être posée pour les étudiants affectés dans le privé.
L’orientation et l’affectation ne sont pas de simples opérations administratives. Elles peuvent déterminer le parcours d’un enfant pendant plusieurs années. À l’heure où les inscriptions et réinscriptions sont déjà engagées et où se profile la prochaine campagne d’orientation en seconde, les expériences de ces familles rappellent une évidence : une bonne orientation ne doit pas seulement conduire l’élève vers une place disponible, elle doit surtout contribuer à lui donner les meilleures chances de réussir.