Réforme au sommet de l’État : Yaoundé veut instaurer un poste de vice-président

Vendredi 3 Avril 2026 06:00

Examiné par le Parlement, un projet de réforme constitutionnelle prévoit la création d’un poste de vice-président. Une évolution institutionnelle qui alimente les spéculations sur l’après-Paul Biya.


Paul Biya.
 

À Cameroun, une réforme institutionnelle d’envergure est en discussion. Les deux chambres du Parlement planchent sur le projet de loi n°2094, daté d’avril 2026, qui prévoit la création d’un poste de vice-président de la République. Une initiative présentée par les autorités comme un levier de modernisation de l’État.
 

Sur le papier, l’objectif est clair : renforcer l’efficacité de l’exécutif et garantir une continuité du pouvoir en cas de vacance présidentielle. Le texte modifie plusieurs dispositions de la Constitution de 1972, déjà révisée en 1996 et 2008. Désormais, le vice-président serait nommé et révoqué par le chef de l’État, avec des compétences définies et déléguées par ce dernier.
 

Mais c’est surtout la question de la succession qui cristallise les attentions. En cas de décès, de démission ou d’empêchement du président, le vice-président ne se contenterait plus d’un simple intérim : il achèverait le mandat en cours. Une disposition qui rompt avec le principe d’une élection anticipée rapide.
 

Officiellement, cette mesure vise à éviter les périodes d’incertitude et à préserver la stabilité institutionnelle. Dans les faits, elle pourrait instaurer un véritable mécanisme de transition contrôlée au sommet de l’État.
 

Pour de nombreux observateurs, difficile de dissocier cette réforme du contexte politique actuel. À 93 ans, Paul Biya incarne l’un des chefs d’État les plus anciens au monde. La création de ce poste de vice-président apparaît ainsi, pour certains, comme une préparation en douceur de l’après-Biya, en offrant à un successeur désigné le temps de s’installer durablement au pouvoir.
 

Du côté du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC), la réforme est défendue comme un gage de stabilité et de continuité. À l’inverse, l’opposition et plusieurs acteurs de la société civile dénoncent une manœuvre politique. Ils pointent notamment le risque de voir émerger un dirigeant sans légitimité électorale directe.
 

Cette révision constitutionnelle intervient par ailleurs dans un calendrier sensible, quelques mois seulement après l’élection présidentielle du 12 octobre 2025. Un timing qui renforce les interrogations sur les véritables motivations du texte.
 

Entre volonté affichée de modernisation institutionnelle et soupçons de stratégie politique, le projet de vice-présidence ouvre un nouveau chapitre du débat démocratique au Cameroun. Reste à savoir s’il sera perçu comme un facteur de stabilité… ou comme un tournant dans l’organisation du pouvoir.

Félix N'Guessan
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Félix N'Guessan