Près de deux mois après son départ du Cameroun pour un séjour privé en Europe, le président Paul Biya continue d'alimenter les interrogations sur son état de santé et sa capacité à exercer pleinement le pouvoir. À 93 ans, le chef de l'État, dont l'absence est la plus longue enregistrée depuis plusieurs années, fait face à une pression politique croissante, nourrie par les critiques de l'opposition et les spéculations sur une éventuelle vacance du pouvoir.
Pour démontrer que les institutions continuent de fonctionner sous son autorité, le président camerounais a choisi de multiplier les actes officiels. Fin juillet, il a signé un décret autorisant la finalisation d'accords de financement avec la Banque islamique de développement, pour un montant estimé à près de 28 milliards de francs CFA. Quelques jours plus tard, le 3 août, il a procédé à un important mouvement au sein des forces armées, avec la promotion de plusieurs colonels au grade de général de brigade et la nomination du général de division Ebaka Hypolite au poste stratégique de major général des armées.
Au-delà de leur portée administrative, ces décisions revêtent une forte dimension politique. Elles visent à rappeler que le chef de l'État demeure le seul détenteur de l'autorité constitutionnelle et qu'il conserve la maîtrise des leviers de l'État, en particulier de l'appareil sécuritaire.
Le gouvernement, qui rejette toute rumeur sur une dégradation de la santé du président, assure que son retour au Cameroun est imminent. L'opposition, elle, continue de dénoncer un « pilotage automatique » du pays et réclame davantage de transparence sur la situation du chef de l'État, dans un contexte où les débats sur la succession présidentielle prennent de plus en plus d'ampleur.