Le soutien officiellement exprimé par le PPA-CI à l’Alliance des États du Sahel (AES), lors de son premier congrès ordinaire au Palais de la Culture d’Abidjan, continue de susciter de vifs débats dans l’opinion publique. Derrière les discours sur la souveraineté, le panafricanisme et la critique des influences étrangères, cette position interroge sur la cohérence politique et sur ses effets en matière d’image nationale.
Dans un contexte régional marqué par des tensions informationnelles et des discours parfois hostiles circulant sur les réseaux sociaux contre la Côte d’Ivoire, plusieurs observateurs s’interrogent sur la frontière entre solidarité africaine et responsabilité patriotique. Peut-on soutenir certaines dynamiques politiques régionales sans risquer d’alimenter indirectement des récits qui fragilisent l’unité nationale ?
Le débat est d’autant plus complexe que les alliances et perceptions évoluent rapidement en Afrique de l’Ouest, au gré des crises sécuritaires et des recompositions géopolitiques. Des États autrefois perçus sous un angle conflictuel deviennent aujourd’hui des partenaires dans un nouveau contexte politique, ce qui interroge la constance des lectures idéologiques.
Historien de formation, Laurent Gbagbo maîtrise les grandes dynamiques historiques du Sahel, notamment la question de l’Azawad, dont les racines sont anciennes et liées à des réalités politiques, sociales et sécuritaires internes. S’agissant du terrorisme dans la région, il s’agit d’un phénomène complexe, porté par plusieurs groupes armés transnationaux comme ceux affiliés à Al-Qaïda ou à l’État islamique au Sahel, mais aussi par des crises locales, des fractures communautaires et des faiblesses étatiques. Les attentats survenus en Europe comme en Afrique, à l’image de ceux de Grand-Bassam ou d’autres tragédies, rappellent que ces violences touchent plusieurs régions du monde et appellent des réponses coordonnées, sans simplification ni instrumentalisation.
Ces terroristes, dont on dit qu’ils seraient entretenus par la France et la Côte d’Ivoire, ont pourtant endeuillé plusieurs pays à de nombreuses reprises. On se souvient notamment des attentats de Charlie Hebdo, du Stade de France (en France), de Grand-Bassam et de Kafolo (en Côte d’Ivoire). Ces pays n’ont pas accusé leurs voisins et ont traité ces problèmes sans détour, afin de rechercher des solutions durables. L’histoire du djihadisme n’est ni une invention de la France ni celle de la Côte d’Ivoire.
Il convient également de s’interroger : pourquoi la France chercherait-elle à créer une guerre au Sahel et à y envoyer ses soldats mourir dans ces conflits ? De nombreux militaires français en mission au Mali sont revenus en France dans des cercueils recouverts du drapeau tricolore. Combien de soldats ivoiriens sont également tombés sur les fronts maliens ? Si la France ne s’est pas cachée pour intervenir en Libye et assumer la chute de Mouammar Kadhafi, ni pour soutenir l’Ukraine face à la Russie, deuxième puissance militaire mondiale, pourquoi se cacherait-elle pour agir contre des États du Sahel comme le Burkina Faso, le Niger ou le Mali ?
À un moment donné, il faut faire preuve de lucidité et poser les vraies questions afin d’obtenir les bonnes réponses et de traiter les problèmes réels pour trouver des solutions durables. Lors de la crise ivoirienne, Laurent Gbagbo lui-même avait lancé un appel : « Asseyons-nous et discutons ». C’est d’ailleurs à travers plusieurs cadres de négociation, de Lomé à Accra, en passant par Marcoussis, Pretoria et Ouagadougou, qu’il a collaboré avec Guillaume Soro pour rechercher une solution ivoirienne à la crise ivoirienne.
Être dans l’opposition ne signifie pas être contre son pays. Il est essentiel de faire la nuance et de privilégier les débats internes sur les questions d’intérêt commun afin de construire un avenir plus stable et plus prospère pour la nation.
Comme le dit l’adage africain : « On ne montre pas son village avec la main gauche ». Aujourd’hui, c’est le RHDP qui est au pouvoir ; demain, ce sera une autre formation politique qui dirigera. Mais la Côte d’Ivoire restera toujours là. Posons des actes qui ne doivent pas nous rattraper demain.