Le 25 mars, date de la Journée internationale de commémoration des victimes de l’esclavage, le Ghana s’apprête à marquer l’histoire. Le pays déposera aux Nations unies un projet de résolution visant à faire reconnaître la traite transatlantique négrière comme le crime suprême contre l’humanité. Un acte fort, mémoriel et politique, porté au nom de tout un continent meurtri.
Pour Patrick Mboyo, professeur de droit public en RDC, cette initiative revêt une portée symbolique immense. « Le génocide n’est pas supérieur à un crime contre l’humanité », explique-t-il, rappelant que tous visent à nier l’humanité même de l’autre. Classer la traite négrière comme crime suprême serait, selon lui, un moyen de restaurer une dignité longtemps bafouée.
Mais le combat reste diplomatique. À l’Assemblée générale, où les résolutions ne sont pas contraignantes, le Ghana devra rallier une large majorité. L’appui de la RDC, membre du bureau cette année, pourrait faciliter le processus, tandis que le Brésil a déjà affiché son soutien.
Pourquoi le Ghana ? Parce que ce pays fut au cœur du drame : zone de capture, port de départ, mémoire vivante de l’histoire. Le professeur Oumarou Moussa, historien nigérien, rappelle que des royaumes africains comme le Dahomey ou l’Empire ashanti ont aussi participé à ce commerce tragique. Reconnaître cette complexité, c’est affronter le passé sans détour.
Si la résolution venait à être adoptée, elle constituerait une étape majeure dans la reconnaissance mondiale de la traite négrière. Mais au-delà de la symbolique, le débat sur les réparations reste ouvert. Pour Patrick Mboyo, aucune somme ne pourra jamais compenser quatre siècles de déshumanisation. C’est sans doute là que réside la véritable portée du geste ghanéen : redonner sens à la mémoire, bien plus qu’un prix.