Le Mali est en deuil. Boncana Issa Maïga s’est éteint à l’âge de 77 ans à la Clinique Pasteur de Bamako, selon des sources familiales concordantes. Né en 1949 à Gao, il révèle très tôt un talent exceptionnel en intégrant le mythique Négro Band de Gao, formation emblématique du Mali des premières années post-indépendance.
Dans les années 1960, une bourse d’études le conduit à La Havane, à Cuba. Cette immersion s’avère déterminante. Il y perfectionne le solfège, la flûte et le saxophone, et participe à l’aventure du groupe Las Maravillas de Mali. Cette expérience donne naissance à une signature musicale singulière, mêlant rythmes mandingues et sonorités cubaines, qui marquera durablement son parcours artistique.
Installé par la suite en Côte d’Ivoire, il devient un acteur clé du paysage culturel ouest-africain. Enseignant, chef d’orchestre de la Radiodiffusion Télévision Ivoirienne (RTI) et arrangeur de renom, il façonne le son de nombreux artistes de la sous-région, imposant une exigence artistique et une sophistication harmonique rares.
En 1992, il cofonde Africando avec le producteur Ibrahima Sylla. Le projet connaît un succès international en associant de grandes voix ouest-africaines à une orchestration salsa new-yorkaise. Africando devient ainsi l’un des symboles du dialogue musical entre l’Afrique, l’Europe et les Amériques.
Au-delà de la scène, Boncana Maïga s’investit activement dans la promotion des cultures africaines. Animateur de l’émission « Stars Parade » sur TV5 Monde, il contribue à faire rayonner la diversité musicale du continent. De retour au Mali dans les années 2000, il crée Maestro-Sound Mali, une structure dédiée à la production et à l’accompagnement de jeunes talents.
Récompensé notamment par un Kora Award du meilleur arrangeur en 1997, il demeure une référence incontournable pour plusieurs générations de musiciens. Par son union avec la chanteuse guinéenne Kamaldine, il était également étroitement lié à la scène artistique ouest-africaine.
Avec la disparition de Boncana Maïga, le Mali perd un maître et l’Afrique, l’un de ses plus brillants architectes sonores. Son héritage, nourri de rigueur académique et d’ouverture culturelle, continuera d’inspirer longtemps celles et ceux qui font vibrer la musique du continent.