Mali : le blocus jihadiste perturbe l’Aïd et aggrave les pénuries à Bamako

Samedi 23 Mai 2026 21:00

Sous blocus jihadiste, Bamako vit un Aïd marqué par l’isolement, la hausse des prix et la pénurie de carburant et de bétail.


Des combattants de l'Azawad. Photo d'archives.
 

À Bamako, la fête de l’Aïd al-Adha a été profondément marquée cette année par l’insécurité et les perturbations sur les axes routiers, où des groupes jihadistes liés à Al-Qaïda imposent depuis fin avril des barrages et des attaques contre les transports.
 

Ce blocus partiel, mais très dissuasif, a entraîné l’incendie de plusieurs bus et camions de marchandises, poussant de nombreuses compagnies à suspendre leurs liaisons interurbaines. Résultat : des milliers d’habitants ont renoncé à rejoindre leurs familles en province pour la Tabaski, une fête traditionnellement synonyme de retrouvailles.
 

« Pour la première fois depuis trente ans, je fête l’Aïd à Bamako », témoigne Alpha Amadou, originaire de Mopti. Comme lui, de nombreux Maliens ont vu leurs projets de voyage annulés, les routes étant jugées trop dangereuses.
 

Dans les gares routières, l’activité habituelle a laissé place à un calme inhabituel. Les transporteurs évoquent à la fois l’insécurité et les pénuries de carburant. « Nous avons perdu des bus et le gasoil manque. C’est un choc économique », confie un opérateur du secteur.
 

Même les déplacements privés sont devenus risqués, limitant fortement la mobilité vers les régions comme Ségou ou Sikasso. Quelques minibus circulent encore, souvent sous escorte militaire ou par des itinéraires secondaires.
 

Les conséquences touchent aussi le marché du bétail, central pour la fête. L’acheminement des moutons vers la capitale est fortement perturbé, entraînant une flambée des prix. Le coût du transport d’un animal a parfois été multiplié par six, selon des transporteurs.
 

« Les moutons sont devenus rares et très chers », déplore un commerçant, tandis que certains vendeurs affirment avoir perdu l’essentiel de leur stock en raison des attaques sur les convois.
 

À cette crise sécuritaire s’ajoutent des difficultés énergétiques. Bamako fait face à des coupures d’électricité prolongées et à une pénurie d’eau potable, aggravant les conditions de vie des habitants.
 

Dans ce contexte tendu, la capitale malienne voit son quotidien profondément bouleversé, entre isolement, inflation et dégradation des services essentiels, sur fond de crise sécuritaire persistante.

Félix N'Guessan
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Félix N'Guessan