Le premier élément à rappeler est simple : il ne s’agit pas d’un don. Les conventions signées le 6 août 2026 concernent, d’une part, des travaux liés au métro et, d’autre part, des infrastructures sportives du programme Agora. La Côte d’Ivoire ne reçoit donc pas un cadeau de 35 millions d’euros, mais bénéficie de financements qui doivent être remboursés conformément aux conditions contractuelles.
Une goutte d’eau dans un projet colossal
Avec un coût estimé à 1 166,43 milliards de FCFA, soit environ 1,77 milliard d’euros, le métro d’Abidjan représente un investissement considérable. Les 35 millions d’euros correspondent à moins de 2 % de cette enveloppe, et leur montant total ne finance pas exclusivement le métro.
Présenter cette somme comme si elle constituait un effort financier exceptionnel consenti gratuitement par la France relève donc d’une lecture trompeuse. Le projet repose sur un montage associant les ressources ivoiriennes, le Trésor français et des banques commerciales. Ces financements répondent aussi à des intérêts économiques, notamment pour les entreprises participant aux travaux.
La souveraineté ne se proclame pas, elle se finance
La Côte d’Ivoire peut légitimement rechercher des partenaires pour réaliser des infrastructures majeures. Aucun pays ne développe seul tous ses équipements, surtout lorsque les investissements dépassent largement ses capacités de financement immédiat.
Mais cette coopération doit s’accompagner d’une exigence : préserver les intérêts nationaux, mesurer le coût réel de l’endettement et renforcer progressivement les capacités de financement propres du pays.
Face aux critiques, les autorités ivoiriennes gagneraient à faire preuve de fermeté et de transparence. Un sursaut d’orgueil national pourrait même conduire à examiner sérieusement la possibilité de rembourser par anticipation les sommes empruntées, si les contrats l’autorisent et si cette décision est financièrement avantageuse. Rembourser immédiatement, sans évaluer les intérêts, les pénalités éventuelles et le coût d’opportunité pour le budget national, ne serait toutefois pas nécessairement la meilleure décision.
Au fond, le véritable enjeu dépasse les 35 millions d’euros. Il réside dans la capacité de la Côte d’Ivoire à négocier des partenariats équilibrés, à honorer ses engagements et à financer davantage ses ambitions par ses propres ressources. La fierté nationale ne se mesure pas au refus systématique de l’emprunt, mais à la liberté de choisir ses partenaires et aux moyens de ne pas dépendre durablement d’eux.