L'AGROFORÊT CAVALLY-MONT SINTÉ : RESPRISE DE L'ÉTUDE IMPACT ENVIRONNEMENTAL ET SOCIAL PLUS DE 50 MILLIARDS FCFA D’INVESTISSEMENT ET 5 000 EMPLOIS ANNONCÉS

Mercredi 23 Septembre 2026 09:00

Une nouvelle étape importante vient d’être franchie dans le processus d’aménagement de l’agroforêt de Cavally-Mont Sinté. Autorités administratives, élus, chefs traditionnels, services techniques, partenaires et représentants des populations se sont réunis, le vendredi 11 septembre 2026 à Toulepleu, dans le cadre de l’atelier consacré à l’Étude d’Impact Environnemental et Social (EIES) et au processus de Consentement Libre, Informé et Préalable (CLIP). Cette rencontre marque la reprise d’un processus destiné à mieux informer les populations, recueillir leurs préoccupations et établir, à partir d’un diagnostic approfondi du terrain, les conditions d’un aménagement durable, inclusif et résilient de l’agroforêt de Cavally-Mont Sinté.


À l’ouverture des travaux, M. Denis KAH ZION, maire de Toulepleu, a souhaité la bienvenue aux différentes délégations et salué une démarche qui associe développement agricole et préservation de l’environnement. Pour l’élu local, le bien-être des populations et la protection des ressources naturelles doivent aller de pair. Il a invité les populations et l’ensemble des acteurs à s’approprier le processus et à contribuer à sa réussite.


Prenant la parole au nom de Mme Anne Désirée Ouloto-Lamizana, Ministre d’État, Présidente du Conseil Régional du Cavally, M. Touman Loukou Hyacinthe, Directeur Général d’Administration du Conseil Régional du Cavally, a réaffirmé l’importance de la participation des populations dans tout projet de développement territorial. Il a rappelé que la présence du Conseil Régional à cette rencontre traduit sa conviction qu’aucun projet de développement ne peut durablement réussir sans la confiance, l’adhésion et la participation des communautés concernées. Pour lui, la reprise de l’EIES et du CLIP constitue une étape déterminante qui doit permettre d’informer, d’écouter, de rassurer et de clarifier les responsabilités de chacun.


« La réussite d’un projet de développement repose sur la confiance, le dialogue et la participation des populations », a-t-il souligné. Le Directeur Général d’Administration du Conseil Régional du Cavally a ainsi réaffirmé la disponibilité de l’institution régionale à renforcer la concertation avec les élus, les autorités traditionnelles et les communautés, à faire remonter leurs préoccupations et propositions auprès des partenaires et à participer au suivi des engagements pris. Pour lui, l’enjeu est de faire du projet un véritable levier de développement local, capable de créer de la valeur tout en protégeant les ressources naturelles et en respectant les droits et les aspirations des populations. « Le développement doit se faire avec les populations, dans le respect de leurs droits et de leurs préoccupations. Leur voix compte et doit être entendue », a-t-il insisté, réaffirmant la mobilisation du Conseil Régional aux côtés de l’État, de l’administration préfectorale, des communautés, des élus et des partenaires.


Procédant à l’ouverture officielle des travaux, M. Bini Koffi Étienne, Préfet du département de Toulepleu, a salué la mobilisation des différents acteurs et encouragé des échanges francs, constructifs et respectueux. L’autorité préfectorale a rappelé que les études environnementales et sociales doivent permettre de mieux comprendre les réalités du terrain, d’anticiper les risques et de rechercher des réponses adaptées aux préoccupations exprimées par les populations. Il a également insisté sur l’importance du dialogue et de la concertation pour favoriser une appropriation apaisée du processus.


Sur le plan juridique, la démarche s’appuie sur un cadre légal et réglementaire précis, notamment le Code forestier, le Code de l’environnement et le décret n°2024-595 du 26 juin 2024 relatif aux évaluations environnementales en Côte d’Ivoire. L’objectif des études environnementales et sociales est d’intégrer de manière systématique les considérations environnementales, sociales, économiques et climatiques dans la mise en œuvre du plan d’aménagement. Il s’agit ainsi de mieux garantir une gestion durable, inclusive et résiliente de l’écosystème forestier, tout en permettant d’identifier les risques, les impacts potentiels et les mesures nécessaires pour les prévenir, les réduire ou les compenser.


Les présentations techniques ont permis de rappeler que la gestion durable des forêts constitue une responsabilité de l’État, qui associe différents partenaires à ses efforts de restauration et de préservation des ressources forestières. Les interventions ont également précisé que la concession accordée à un partenaire privé ne constitue pas un transfert de propriété ou de souveraineté sur le domaine forestier. L’État demeure responsable de la protection, du contrôle et de la surveillance des espaces concernés, tandis que le concessionnaire doit notamment contribuer à la réalisation des études, à l’élaboration et à la mise en œuvre du plan d’aménagement, ainsi qu’à la prise en compte des réalités socioéconomiques des populations concernées.


Le projet d’aménagement de l’agroforêt de Cavally-Mont Sinté affiche, à cet égard, une ambition économique importante. Son coût est estimé à plus de 50 milliards de FCFA sur une période de dix ans, avec un potentiel annoncé de 5 000 emplois. L’objectif est de faire de cet espace un territoire où la préservation de l’écosystème forestier peut être articulée avec le développement agricole, la création de revenus et l’insertion professionnelle des populations, notamment des jeunes.


La stratégie d’accompagnement présentée repose sur quatre axes. Le premier concerne la reconversion des chefs d’exploitation vers la culture du palmier à huile. Les personnes concernées pourront bénéficier d’un appui à la création de plantations, d’un accompagnement technique, de formations, ainsi que de plants de palmier et d’intrants nécessaires au développement de leurs activités.


Le deuxième axe porte sur le développement d’activités génératrices de revenus (AGR). Il prévoit notamment la création et la formalisation de groupements, la formation de leurs membres aux techniques de gestion et de fonctionnement, l’identification des activités adaptées aux réalités locales et l’appui à leur création. Le dispositif prévoit également le développement de débouchés et de marchés permettant d’assurer la commercialisation des produits issus de ces activités.


Le troisième axe est consacré à la création d’emplois directs et indirects. Il comprend notamment la formation des populations aux métiers liés aux activités de PALMCI, le recrutement direct, la présentation des offres de services recherchées par l’entreprise, ainsi que le conseil et l’appui à la mise à disposition de certains services. Cette orientation vise particulièrement à créer des opportunités pour les jeunes et les personnes issues des communautés concernées.


Enfin, un quatrième axe regroupe les autres mesures qui découleront des conclusions de l’EIES et du CLIP. Cette disposition doit permettre d’adapter les mesures d’accompagnement aux réalités identifiées au cours des études et aux préoccupations exprimées par les populations lors des consultations.


Le cabinet ENVIPUR, en charge de l’étude, a ensuite présenté le chronogramme prévisionnel. Une première phase concerne les courriers et démarches préparatoires déjà engagés. Des consultations publiques sont prévues à partir du 22 septembre 2026, avant le démarrage de la phase de diagnostic de terrain. La collecte des données est annoncée du 24 septembre au 23 octobre 2026. Elle mobilisera une équipe pluridisciplinaire comprenant notamment des spécialistes de l’environnement, de la botanique, de la faune, de la pédologie, de l’hydrogéologie et des sciences sociales.


Les travaux porteront notamment sur le recensement des chefs de ménage et des personnes concernées, les groupes de discussion, les inventaires floristiques et faunistiques, les activités humaines, ainsi que les caractéristiques environnementales, sociales et économiques de la zone. ENVIPUR a insisté sur le caractère participatif de la démarche. Les études ne doivent pas être conduites uniquement à partir de données documentaires, mais nécessitent des observations de terrain et des échanges directs avec les populations. À la suite d’une préoccupation exprimée par les élus concernant leur implication, le cabinet a reconnu la nécessité de mieux intégrer les élus et l’ensemble des acteurs locaux dans le chronogramme définitif.


Au nom des élus, M. Kahi Dezon Léopold, porte-parole des élus, a invité les populations à participer pleinement aux études et aux consultations. « Il n’y a pas de raison de refuser les études. C’est justement à partir des études que les préoccupations des populations pourront être recueillies et prises en compte », a-t-il déclaré, estimant que la participation au processus constitue le meilleur moyen de faire remonter les préoccupations locales et de contribuer aux décisions futures.


La chefferie traditionnelle entend également accompagner cette dynamique. Sa Majesté Guidy Alain Jérôme, Chef de canton de Toulepleu, membre de la Chambre des Rois et Chefs traditionnels de Côte d’Ivoire et Président du Comité régional de la chefferie traditionnelle du Cavally, a réaffirmé la disponibilité des autorités traditionnelles à poursuivre la sensibilisation auprès des populations. « Nous allons aller au contact de ces populations pour les sensibiliser et leur faire comprendre le bien-fondé de la démarche, afin que tout se passe bien pour le bonheur des populations », a-t-il indiqué. Pour lui, les chefs traditionnels doivent jouer leur rôle de relais et contribuer à expliquer le processus, ses objectifs et les possibilités d’accompagnement qu’il offre.


Représentant de PALMCI, M. Tagouya Bongo Raymond, Directeur du Développement Agricole, a pour sa part présenté les enseignements de la campagne de sensibilisation conduite durant la semaine à Bloléquin et Toulepleu. Les équipes sont allées directement au contact des populations dans les campements concernés, avec l’accompagnement de l’administration préfectorale. Cette proximité a permis de réexpliquer le projet et de répondre aux préoccupations exprimées. S’il subsiste encore certaines interrogations, le représentant de PALMCI estime que la poursuite de l’information et du dialogue devrait permettre de renforcer progressivement l’adhésion.


Le message de PALMCI se veut particulièrement rassurant quant à la prise en compte des personnes concernées : « Aucun chef d’exploitation, aucune population impactée par ce projet-là ne sera laissée au bord du chemin. » Pour M. Tagouya Bongo Raymond, le projet doit contribuer au développement socioéconomique de Toulepleu et de Bloléquin et être conduit avec l’ensemble des parties prenantes.


Les échanges ont ainsi permis de mettre en évidence une ambition commune : faire de Cavally-Mont Sinté un espace où la préservation de la forêt, le développement agricole et l’amélioration des conditions de vie des populations puissent se renforcer mutuellement. L’approche envisagée repose notamment sur la restauration et la protection des zones forestières, le développement d’activités agricoles adaptées, la création de revenus et l’ouverture de nouvelles opportunités d’emploi.


En clôturant les travaux, M. Bini Koffi Étienne, Préfet du département de Toulepleu, a salué la qualité des échanges, la participation des différents acteurs et la franchise des contributions. Il a rappelé que le développement du département doit également prendre en compte l’amélioration du cadre de vie et les aspirations des populations. Selon lui, les études environnementales et sociales permettent d’anticiper les risques, de mieux comprendre les réalités locales et, lorsque cela est nécessaire, de corriger les approches.


Il a invité les chefs traditionnels et les leaders communautaires à poursuivre leur rôle de relais auprès des populations afin de vulgariser les informations issues de l’atelier et de contribuer à la poursuite du dialogue. Aux experts et aux promoteurs du projet, il a demandé de rester attentifs aux réalités locales et aux aspirations légitimes des communautés.


Le Préfet a enfin livré le message fort qui a marqué la clôture de la rencontre : « Il n’y a pas de développement durable sans paix sociale et il n’y a pas de paix sociale sans consentement éclairé. »


Avec la reprise de l’EIES et du processus CLIP, Cavally-Mont Sinté entre ainsi dans une phase décisive de diagnostic, de consultation et de dialogue. Les prochaines semaines seront consacrées aux consultations, aux investigations de terrain et au recueil des préoccupations des populations. L’ambition est de parvenir à un modèle d’aménagement capable de concilier préservation de l’environnement, développement agricole, création d’emplois, amélioration des revenus, résilience climatique et participation effective des communautés. Avec un investissement annoncé de plus de 50 milliards de FCFA sur dix ans et un potentiel de 5 000 emplois, le projet porte une ambition économique majeure pour le Cavally, tandis que l’EIES et le CLIP doivent contribuer à en garantir les fondements environnementaux, sociaux et participatifs.


Dr KOFFI KONAN EMMANUEL
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