Kenya : la colère gronde contre un centre de quarantaine Ebola financé par les États-Unis

Mardi 9 Juin 2026 20:00

À Nanyuki, au Kenya, un projet de centre de quarantaine Ebola soutenu par Washington déclenche manifestations, violences et inquiétudes.


À Nanyuki, ville touristique nichée au pied du mont Kenya, la construction d’un centre de quarantaine destiné à accueillir des voyageurs en provenance de zones touchées par Ebola provoque une vive controverse. Mardi, des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre ont fait au moins un blessé par balle, illustrant l’ampleur des tensions autour de ce projet soutenu par les États-Unis.
 

Le futur centre, implanté sur la base aérienne de Laikipia, doit comprendre 50 lits d’isolement et être géré par du personnel américain. Officiellement, il vise à renforcer la préparation sanitaire face à l’épidémie d’Ebola qui sévit en République démocratique du Congo. Mais pour de nombreux Kényans, l’initiative fait peser un risque inutile sur un pays qui n’a jamais enregistré de cas de cette maladie hautement contagieuse.
 

Dans les rues de Nanyuki, la contestation s’est transformée en affrontements. Des manifestants ont érigé des barricades, lancé des pierres et dénoncé ce qu’ils considèrent comme une externalisation des risques sanitaires américains. La police a répondu par des gaz lacrymogènes, des canons à eau et des tirs qui ont fait plusieurs victimes.
 

Le gouvernement du président William Ruto défend pourtant le projet. Nairobi souligne la longue coopération sanitaire avec Washington et met en avant les 13,5 millions de dollars promis pour renforcer les capacités nationales de réponse aux épidémies. Les autorités affirment également que l’établissement bénéficiera aux citoyens kényans autant qu’aux Américains.
 

Au-delà de la question sanitaire, l’affaire révèle un profond malaise autour de la souveraineté nationale et de la transparence des accords conclus avec les partenaires étrangers. Déjà, le secteur touristique commence à ressentir les effets de cette polémique, avec des annulations de réservations signalées dans plusieurs établissements du pays.
 

Alors que l’OMS appelle au dialogue et à l’implication des communautés locales, le centre de quarantaine est devenu le symbole d’un débat plus large : comment concilier coopération internationale, sécurité sanitaire et acceptation populaire.

Félix N'Guessan
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Félix N'Guessan