La colère monte au Grand Hôpital de l’Est francilien, en Seine-et-Marne. Une centaine de médecins, soit environ 10 % des effectifs, sont confrontés à une situation particulièrement délicate : ils pourraient devoir rembourser des primes perçues au cours des deux dernières années.
À l’origine de cette affaire, des indemnités versées aux praticiens en contrepartie d’heures supplémentaires. Pendant plusieurs années, ces paiements auraient été pratiqués dans les quatre établissements du groupe, notamment pour faire face au manque de médecins. Mais pour le Trésor public, ces sommes constituent des versements indus.
Fin mars, la direction a ainsi demandé aux praticiens concernés de restituer les montants perçus sur les 24 derniers mois. Pour certains, la facture est vertigineuse. Selon les informations rapportées par la presse française, des médecins doivent rembourser jusqu’à 80 000 euros. Un praticien de 39 ans, père de trois enfants, se voit réclamer 35 000 euros, tandis qu’un anesthésiste doit restituer près de 30 000 euros.
Le sentiment d’injustice est particulièrement fort chez les praticiens diplômés hors de l’Union européenne (PADHUE). En attente de la validation de leur équivalence, certains sont rémunérés comme des internes alors qu’ils assurent, selon leurs témoignages, des missions comparables à celles de médecins seniors. Les primes avaient notamment permis de compenser en partie cette situation.
L’hôpital espère récupérer au total 2,7 millions d’euros. Mais la direction affirme pour l’heure que « personne ne rembourse quoi que ce soit », alors que deux recours ont été engagés devant la justice. Au-delà du contentieux financier, l’affaire fragilise davantage un établissement déjà confronté à des difficultés de recrutement. Plusieurs départs ont été enregistrés, notamment parmi les radiologues, dont près de 40 % auraient quitté l’hôpital. L’ancien chef de pôle a également démissionné.
Derrière le débat juridique sur la légalité des primes, c’est donc la question de la reconnaissance du travail des médecins hospitaliers qui se retrouve posée. Pour les praticiens concernés, le véritable enjeu est désormais de savoir qui devra finalement assumer la responsabilité de ces versements.