Le PDCI-RDA connaît une nouvelle séquence judiciaire dans sa longue histoire politique. Le tribunal de première instance d’Abidjan a décidé, jeudi 30 juillet 2026, de reporter au 22 octobre prochain son délibéré dans l’affaire opposant deux militants au parti dirigé par Tidjane Thiam.
À l’origine de cette procédure, Charles Abié Tchétché et Antoine Siaba contestent la régularité des résolutions du congrès extraordinaire ayant porté Tidjane Thiam à la présidence du parti. Ils demandent notamment l’annulation des décisions issues de cette rencontre qui a consacré l’ancien patron de Crédit Suisse comme nouveau leader du PDCI-RDA.
La présidente du tribunal, Aminata Touré, a ordonné la jonction des deux procédures engagées séparément afin de permettre un traitement commun des dossiers. Une décision accueillie sans surprise par la direction du parti, qui rappelle que cette jonction avait elle-même été sollicitée par la défense dans un souci de cohérence judiciaire.
Présent à l’audience avec une délégation d’élus du parti, Jean-Chrysostome Blessy, président du groupe parlementaire PDCI-RDA, a pris acte de cette nouvelle étape judiciaire tout en réaffirmant la confiance du parti dans les institutions.
Une crise venue de l’intérieur
Au-delà de la bataille juridique, cette nouvelle procédure pose une question plus profonde : le véritable problème du PDCI-RDA est-il Tidjane Thiam ou les divisions internes qui minent le parti ?
Depuis plusieurs mois, le nom de Tidjane Thiam cristallise les tensions. Pour certains militants contestataires, son arrivée à la tête du parti soulève des interrogations sur la gouvernance interne et la légitimité des nouvelles orientations. Pour ses soutiens, ces contestations traduisent surtout les difficultés d’une partie de l’ancien appareil à accepter une nouvelle génération de leadership. Mais derrière la personnalité de Tidjane Thiam, c’est surtout la capacité du PDCI-RDA à gérer ses contradictions internes qui est en jeu.
Un parti politique, particulièrement lorsqu’il porte un héritage historique aussi important que celui du PDCI-RDA, doit être capable de régler ses différends dans ses propres structures. L’adage populaire rappelle que « le linge sale se lave en famille ». Lorsque les conflits internes quittent les cadres du débat politique pour investir les tribunaux, c’est souvent l’image collective de l’organisation qui en ressort fragilisée.
Des militants contre leur propre maison ?
Le débat dépasse aujourd’hui la seule question de Tidjane Thiam. Car même si un responsable politique peut être contesté, l’avenir d’un parti repose avant tout sur la capacité de ses membres à préserver son unité. Le PDCI-RDA est l’un des plus anciens partis politiques d’Afrique. Son histoire est liée à celle de la Côte d’Ivoire moderne. Affaibli par des querelles répétées, il risque de donner l’image d’une formation davantage préoccupée par ses luttes internes que par les attentes des populations.
La multiplication des recours judiciaires initiés par des militants contre leur propre formation interroge donc sur une forme d’autodestruction politique. Dans une démocratie, la contestation est légitime. Mais lorsque les batailles deviennent permanentes et empêchent le parti de se projeter vers l’avenir, elles peuvent finir par servir davantage les intérêts de ses adversaires que ceux de ses propres membres.