Le 9 août 1976 reste une date particulièrement sombre dans l’histoire de la libération du Zimbabwe. Ce jour-là, une unité spéciale des forces de sécurité de la Rhodésie du Sud, les Selous Scouts, lance une opération militaire contre le camp de Nyadzonya, situé au Mozambique, près de la frontière avec la Rhodésie.
Baptisée « opération Eland », l’attaque est présentée par le régime de Ian Smith comme une opération destinée à frapper une base de la Zimbabwe African National Liberation Army (ZANLA), la branche armée de la Zimbabwe African National Union (ZANU). Mais sur le terrain, le raid tourne au massacre de masse, faisant plusieurs centaines de victimes parmi les personnes présentes dans le camp.
Une opération militaire préparée dans le secret
Les Selous Scouts, unité réputée pour ses opérations clandestines, franchissent la frontière avec le Mozambique à bord de véhicules et avec des uniformes destinés à leur permettre de se faire passer pour des combattants de la ZANLA. Cette stratégie de camouflage facilite leur approche du camp de Nyadzonya.
Lorsque les soldats arrivent, ils donnent l’apparence d’une unité nationaliste venue rejoindre les combattants et les réfugiés regroupés sur place. Cette ruse permet aux assaillants de pénétrer dans le camp avant d'ouvrir le feu.
Nyadzonya accueille alors un important nombre de Zimbabwéens ayant fui la Rhodésie du Sud, mais également des membres ou sympathisants des mouvements nationalistes. Le camp constitue l’un des lieux de regroupement de ceux qui ont quitté le territoire rhodésien pour échapper aux persécutions et rejoindre la lutte pour l’indépendance.
Le bilan exact du massacre demeure encore discuté. Le régime rhodésien affirme à l’époque que l’opération a permis d’éliminer plus d’un millier de combattants de la ZANLA. Les nationalistes zimbabwéens et différentes sources internationales contestent cependant fortement cette présentation. Selon eux, une proportion importante des victimes était constituée de réfugiés non armés, parmi lesquels se trouvaient des femmes et des enfants.
Un massacre devenu symbole de la lutte de libération
Le massacre de Nyadzonya provoque une forte émotion au Mozambique et au-delà des frontières de l’Afrique australe. L’attaque illustre alors la violence de la guerre menée par le régime de la Rhodésie du Sud contre les mouvements nationalistes africains, mais aussi la volonté des forces rhodésiennes de poursuivre leurs adversaires au-delà de leurs frontières.
Le raid intervient dans une période où la guerre de libération du Zimbabwe s’intensifie. Depuis les années 1960, les mouvements nationalistes combattent le régime de la minorité blanche dirigé par Ian Smith, qui refuse de transférer le pouvoir à la majorité noire. La ZANU, à travers la ZANLA, et la Zimbabwe African People's Union (ZAPU), avec sa branche armée, la ZIPRA, constituent les principales forces engagées dans cette lutte.
L’opération Eland renforce la détermination des nationalistes et contribue à attirer davantage l’attention internationale sur les violences commises dans le cadre de la guerre de libération. Le Mozambique, devenu indépendant du Portugal en 1975, sert alors de base arrière à plusieurs mouvements engagés dans la lutte contre le régime rhodésien.
La guerre se poursuit jusqu’à la conclusion des accords de Lancaster House en décembre 1979. Ces accords ouvrent la voie à des élections et à la fin du régime de Ian Smith. Le Zimbabwe accède finalement à l’indépendance le 18 avril 1980, avec Robert Mugabe comme Premier ministre.
Près d’un demi-siècle plus tard, Nyadzonya demeure un symbole douloureux de cette période. Le massacre rappelle que la lutte pour l’indépendance du Zimbabwe s’est déroulée dans un contexte de violences particulièrement brutales, qui n’ont pas toujours épargné les populations civiles.
Chaque 9 août constitue ainsi une occasion de se souvenir des victimes de Nyadzonya et, plus largement, de rendre hommage à ceux qui ont perdu la vie dans les combats pour la liberté du Zimbabwe. Ce devoir de mémoire contribue à préserver le souvenir d’une tragédie longtemps marquée par les controverses sur le nombre et le statut des victimes.