De Dakar à Abidjan, les Nigériens mendiants rattrapés par la lutte contre la mendicité

Mardi 18 Aout 2026 21:00

D’Accra à Dakar, en passant par Abidjan, la mendicité de ressortissants nigériens inquiète les autorités et conduit à des rapatriements vers le Niger.


Des mendiants nigériens sollicitent les passants sur un pont d’Abidjan, illustrant un phénomène croissant.
 

À Abidjan, Accra ou Dakar, leur présence est devenue de plus en plus visible ces dernières années. Aux grands carrefours, devant les commerces, dans les quartiers populaires ou aux abords des lieux de forte affluence, des ressortissants nigériens sollicitent quotidiennement les passants. Femmes, enfants et hommes apparaissent parfois en groupes, donnant au phénomène une dimension désormais difficile à ignorer.
 

Cette visibilité accrue intervient dans un contexte particulièrement difficile au Niger. La persistance de l’insécurité dans plusieurs régions du pays a fragilisé les activités économiques, déplacé des populations et accentué la précarité de nombreux ménages. Dans certaines zones rurales, la pauvreté et la vulnérabilité sociale ont ainsi été renforcées, poussant certaines familles à chercher des moyens de subsistance au-delà des frontières.
 

Mais la pauvreté n'explique pas à elle seule l'ampleur du phénomène. Les autorités nigériennes ont à plusieurs reprises évoqué l’existence de filières organisées susceptibles d’exploiter la vulnérabilité de certaines populations pour les conduire vers les grandes villes ouest-africaines. Une partie importante des personnes concernées serait notamment originaire de la région de Zinder, dans les départements de Kantché et de Magaria.
 

La multiplication de ces scènes dans les capitales régionales pose également une question d’image. Pour Niamey, voir des femmes et des enfants nigériens vivre de la mendicité dans les rues d’Abidjan, d’Accra ou de Dakar renvoie une image particulièrement préoccupante du pays. Les autorités considèrent que cette situation peut contribuer à dégrader la perception du Niger à l’étranger, alors que le pays cherche parallèlement à affirmer son indépendance et son rayonnement.
 
D’Abidjan à Dakar, le choix du rapatriement

Face à cette situation, plusieurs pays ont renforcé leurs opérations contre la mendicité dans l’espace public. Au Ghana, les services de l’immigration ont récemment interpellé plusieurs ressortissants nigériens avant leur rapatriement vers Niamey. Accra affirme vouloir mettre fin à ce qu’il qualifie de « mendicité professionnelle » et mieux encadrer la présence d’étrangers dans les rues.
 

Le Sénégal a connu une opération spectaculaire en 2022. Près d’un millier de Nigériens (478 enfants, 413 femmes et 162 hommes) avaient alors été rapatriés depuis Dakar. Le gouvernement nigérien avait affrété des vols spéciaux pour organiser leur retour. 
 

À Abidjan, les opérations de lutte contre la mendicité sur les voies publiques ont également conduit à l’interpellation de groupes de ressortissants nigériens. En janvier 2025, Niamey avait notamment annoncé le rapatriement de 124 mendiants nigériens interpellés dans la capitale économique ivoirienne et conduits auprès de leur représentation diplomatique.
 

Ces retours traduisent une volonté croissante des États ouest-africains de reprendre le contrôle de l’espace public, tout en combattant les réseaux susceptibles d’organiser ou d’exploiter ces déplacements. Pour le Niger, l’enjeu est double : protéger son image et lutter contre les causes profondes d’un phénomène alimenté par la pauvreté, l’insécurité et la vulnérabilité de certaines populations.
 

À travers ces opérations, une même question demeure : comment empêcher que la détresse économique de populations fragilisées ne se transforme en migration de survie et en exploitation dans les rues des grandes capitales ouest-africaines ?

Félix N'Guessan
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Félix N'Guessan