Côte d’Ivoire : à Taabo, l’ambitieuse Académie de l’hévéa pose sa première pierre

Samedi 25 Juillet 2026 07:00

À Ahouakro, dans la sous-préfecture de Taabo, la Côte d’Ivoire a lancé le chantier d’une académie dédiée à l’hévéa. Un projet stratégique destiné à former les talents de demain et à accompagner la montée en puissance de la filière.


 

Dans un mélange de notes cuivrées interprétées par la fanfare locale et de rythmes traditionnels Akpongbô, sous le soleil moite d’Ahouakro, les officiels font leur entrée sur le site de la cérémonie peu après 11 h 30. En tête du cortège figurent Bruno Nabagné Koné, ministre de l’Agriculture, du Développement rural et des Productions vivrières, accompagné de Félix Anoblé, président du Conseil d’administration du Conseil Hévéa, Palmier à huile et Coco (CHPC), du corps préfectoral ainsi que de nombreux représentants des institutions publiques et de la filière.


Comme le veut la tradition, la cérémonie s’ouvre par une libation conduite par la chefferie traditionnelle. À travers prières et bénédictions, les gardiens des us et coutumes invoquent la protection divine sur les travaux à venir et formulent des vœux de prospérité pour la future Académie des métiers de l’hévéa et l’ensemble de la filière.


Ouvrant la série des allocutions, le député Alfred Kouassi souhaite la bienvenue aux autorités et aux invités. Il se réjouit du choix porté sur Ahouakro pour accueillir cette infrastructure d’envergure nationale et exprime la reconnaissance des populations envers l’Association des professionnels du caoutchouc naturel de Côte d’Ivoire (APROMAC) et les pouvoirs publics pour cette initiative porteuse d’espoir.


À sa suite, Yao Kan Guillaume, président de la Mutuelle de développement d’Ahouakro, traduit la fierté des habitants de voir leur localité accueillir ce projet stratégique. Il réaffirme leur entière disponibilité à accompagner sa réalisation et à en assurer la préservation, convaincu des importantes retombées économiques et sociales qu’il apportera à la localité et à toute la région.


Le visage du projet

L’un des moments les plus attendus de la cérémonie survient lorsque le chef du projet est invité à prendre la parole. D’un pas assuré, galvanisé par la portée de sa mission, Isac Adi s’avance vers le pupitre. Costume noir impeccable, chemise blanche, cravate verte et écharpe aux couleurs de l’APROMAC, il incarne l’ambition de toute une filière.


À la tête de ce chantier, Isac Adi n’est pas un inconnu du secteur. Ancien administrateur du Conseil Hévéa-Palmier à huile, aujourd’hui administrateur de l’APROMAC et vice-président de la Fédération des organisations professionnelles agricoles de la filière Hévéa de Côte d’Ivoire (FPH-CI), il a été nommé en août 2025 pour piloter cette ambitieuse initiative.


Comme si le ciel s’était fait le complice de cette journée historique, pluie et soleil semblent avoir conclu un véritable « accord de non-agression ». Le temps, clément, offre des conditions idéales à cette cérémonie solennelle. Sous le chapiteau dressé pour l’occasion, face à une assistance suspendue à ses lèvres, Isac Adi dévoile les contours d’un projet appelé à transformer durablement la filière hévéicole ivoirienne.


« Le projet vise la création, sur un domaine de 236 hectares, d'une structure de formation et d'accompagnement destinée à développer les compétences techniques, entrepreneuriales et managériales dans les métiers de l'hévéa », annonce-t-il devant une assemblée attentive.

Le réveil d’une terre de symboles

Le choix d’Ahouakro n’a rien d’anodin. En 1975, Taabo était déjà sous les projecteurs nationaux avec l’inauguration de son barrage hydroélectrique de 210 mégawatts, une infrastructure majeure qui a contribué à alimenter en électricité plus de 141 000 foyers.

Cinquante et un ans plus tard, ce 24 juillet 2026, la localité s’apprête à écrire une nouvelle page de son histoire avec le lancement de l’Académie des métiers de l’hévéa, présentée comme la première du genre en Afrique de l’Ouest.

Le futur complexe sera structuré autour de cinq pôles : une zone pédagogique, un espace de vie étudiante, une plateforme d’expérimentation agricole, un pôle technique consacré à la recherche et à la transformation, ainsi qu’une zone d’hébergement. L’objectif est de répondre aux principaux défis d’une filière en pleine expansion.

Répondre au paradoxe de la croissance

Les performances de la filière hévéicole ivoirienne sont impressionnantes. « Avec un verger de plus de 800 000 hectares, la culture de l’hévéa rassemble plus de 240 000 planteurs, génère plus de 1 400 milliards de F CFA de chiffre d’affaires et représente plus de 8 % du PIB national. La production nationale est passée de 350 000 tonnes en 2015 à plus de 1,9 million de tonnes en 2025, soit près de 11 % de l’offre mondiale. Cette progression propulse la Côte d’Ivoire au troisième rang mondial et au premier rang africain des producteurs de caoutchouc naturel, avec une croissance annuelle moyenne de 21 % au cours des cinq dernières années.

En 2025, 59 % de cette production a été exportée vers l’Asie, 30 % vers l’Europe et 8 % vers les Amériques. Mais derrière ces performances se cachent plusieurs défis structurels : pénurie de main-d’œuvre qualifiée, faible attractivité des métiers auprès des jeunes et des femmes, déficit d’innovation et inadéquation entre la formation et les besoins du terrain. C’est précisément pour répondre à ces enjeux qu’a été imaginée cette académie », déclare le chef du projet, Isac Adi.
 
Une mobilisation générale

L’initiative reçoit un large soutien des acteurs de la filière. Charles-Emmanuel Yacé, président du Conseil d’administration de l’APROMAC, organisation interprofessionnelle créée en 1975 et reconnue officiellement comme Organisation interprofessionnelle agricole (OIA) par décret en 2020, salue un projet appelé à renforcer durablement les capacités de la filière.


Pour sa part, Félix Anoblé, président du Conseil Hévéa, Palmier à huile et Coco (CHPC), estime que cet investissement constitue une étape décisive pour l’avenir de l’hévéaculture ivoirienne. Il plaide toutefois pour le bitumage de la voie d’accès afin de désenclaver le futur pôle de formation.


Une doléance favorablement accueillie par le ministre Bruno Nabagné Koné, qui rappelle que la filière génère près de 2 000 milliards de F CFA de recettes d’exportation et plus de 700 milliards de F CFA de revenus directs pour les producteurs. 


À l’issue des allocutions, le ministre de l’Agriculture, entouré du préfet de région, Sihindou Coulibaly, de Félix Anoblé, de Charles-Emmanuel Yacé et de plusieurs autres personnalités, procède à la pose de la première pierre du futur complexe.


Ce geste hautement symbolique marque le lancement officiel des travaux de cette académie, appelée à devenir un centre d’excellence pour la formation, l’innovation et la professionnalisation des métiers de l’hévéa. Une ambition qui conforte la position de la Côte d’Ivoire comme leader africain de la filière et ouvre une nouvelle page de son développement.

 

Félix N'Guessan
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Félix N'Guessan