La relation entre la Côte d’Ivoire et les trois pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) entre dans une nouvelle phase. Dans une analyse publiée le 29 septembre 2026, Jeune Afrique met en lumière les ressorts d’une détente pragmatique entre Abidjan et les capitales sahéliennes, sur fond de tensions politiques persistantes. Après plusieurs années de crispations et de discours parfois hostiles, les impératifs économiques, géographiques et sécuritaires semblent progressivement imposer une forme de réalisme dans les relations régionales.
La géographie et les intérêts économiques comme facteurs de rapprochement
Le paradoxe est manifeste. Alors que l’AES revendique une plus grande autonomie stratégique et politique, ses États restent confrontés aux contraintes de leur enclavement et à la nécessité de maintenir des corridors commerciaux avec les pays côtiers. Le Mali, notamment, conserve d’importants intérêts économiques liés au corridor ivoirien et au port d’Abidjan. Cette réalité contribue à maintenir des canaux de coopération malgré les divergences diplomatiques.
Comme le souligne Jeune Afrique, cette interdépendance économique constitue l’un des principaux ressorts du pragmatisme observé de part et d’autre. Les échanges commerciaux, les infrastructures de transport, l’approvisionnement énergétique et la circulation des populations créent des intérêts communs que les tensions politiques ne peuvent durablement effacer.
Le Burkina Faso cherche également à diversifier ses voies d’approvisionnement, notamment vers le Ghana. Mais pour les pays enclavés du Sahel, la question des corridors demeure stratégique. La volonté d’affirmer une souveraineté politique accrue se heurte ainsi aux réalités de la géographie et des échanges.
Le discours d’Ibrahim Traoré appelant récemment à une « très bonne cohabitation » entre l’AES et la CEDEAO illustre cette évolution. Cette position ne signifie pas nécessairement un rapprochement politique ou institutionnel, mais souligne l’importance accordée à la circulation des biens et des personnes et au maintien de relations économiques fonctionnelles.
Pour Abidjan, l’enjeu est également sécuritaire. La progression des groupes armés dans le Sahel et le risque de propagation de la menace vers les pays côtiers rendent nécessaire le maintien de canaux de dialogue avec les États voisins. La coopération en matière de sécurité, de surveillance des frontières et de renseignement peut ainsi répondre à des intérêts communs, malgré les divergences sur les questions de gouvernance et d’intégration régionale.
La nouvelle configuration ne ressemble donc ni à une réconciliation politique, ni à un retour au statu quo. Elle s’apparente davantage à une coexistence pragmatique. Abidjan et les capitales de l’AES peuvent défendre des conceptions différentes de l’avenir de l’Afrique de l’Ouest tout en reconnaissant la nécessité de préserver les échanges, les corridors et la sécurité des populations.
Dans cette région profondément recomposée, la géographie rappelle ainsi ses contraintes : les frontières politiques peuvent se durcir, mais les économies et les sociétés demeurent interdépendantes. Le dialogue devient alors moins le signe d’un rapprochement idéologique que l’expression d’une nécessité régionale.