Dans le Cavally, la lutte contre l’orpaillage illégal s’inscrit désormais au cœur de la mobilisation des forces vives de la région. Depuis plusieurs années, Anne Désirée Ouloto-Lamizana alerte sur les conséquences de ce phénomène et appelle les populations à protéger les terres, les forêts, les cours d’eau, l’agriculture et surtout la jeunesse. Une mobilisation qu’elle a encore amplifiée lors de sa tournée du 2 au 6 septembre 2026.
Le message d’Anne Désirée Ouloto-Lamizana est désormais sans ambiguïté : le Cavally ne doit pas devenir une terre d’orpaillage illégal.
À Toulepleu, à Bloléquin puis à Guiglo, la ministre d’État et présidente du Conseil régional du Cavally a multiplié les rencontres avec les autorités administratives, les forces de défense et de sécurité, la chefferie traditionnelle, les guides religieux, les femmes, les jeunes, les cadres et les responsables communautaires.
Partout, elle a appelé à une mobilisation générale contre un phénomène qu’elle considère comme une menace pour l’avenir de la région.
À Toulepleu, elle a notamment exhorté les populations à faire barrage à l’orpaillage illégal, en mettant en garde contre ses conséquences sur les forêts, les ressources en eau, l’éducation des enfants et la sécurité. À Bloléquin, elle a insisté sur la nécessité de préserver les terres agricoles et les cours d’eau. À Guiglo, elle a appelé les services déconcentrés de l’État et les cadres à renforcer leur engagement contre le phénomène.
Cette mobilisation de septembre 2026 n’est cependant pas un coup d’éclat. Elle s’inscrit dans une démarche engagée depuis plusieurs années.
Déjà, en décembre 2024, à Toulepleu, Anne Désirée Ouloto avait placé la lutte contre l’orpaillage illégal et la protection des productions agricoles au centre de ses échanges avec les différentes composantes de la société. Elle appelait alors les chefs traditionnels et l’ensemble du corps social à prendre leurs responsabilités.
Son diagnostic reste constant : derrière l’orpaillage illégal se trouvent des enjeux environnementaux, sociaux, économiques et sécuritaires.
La destruction des terres agricoles, la dégradation des forêts, la pollution des cours d’eau, la déscolarisation, la consommation de drogues et les comportements à risque chez certains jeunes sont autant de dangers qu’elle met régulièrement en avant.
Pour la ministre d’État, la réponse ne peut donc pas reposer uniquement sur les forces de défense et de sécurité. L’État doit contrôler et réprimer les activités illégales, mais les communautés ont également un rôle essentiel à jouer dans la prévention, l’alerte et la protection de leur territoire.
« L’État ne peut pas être derrière chaque individu, sur chaque parcelle et dans chaque village », pourrait résumer cette philosophie d’action : la lutte contre l’orpaillage illégal doit devenir une responsabilité partagée.
C’est pourquoi les chefs traditionnels, les guides religieux, les femmes, les jeunes, les chefs de famille et les cadres sont régulièrement invités à s’impliquer dans la sensibilisation.
Protéger l’or, mais surtout protéger les richesses du Cavally
Au-delà de l’orpaillage illégal, cette mobilisation rejoint une autre bataille : celle de la protection des produits agricoles ivoiriens. Dans cette région frontalière du Liberia, la fuite du cacao et d’autres productions agricoles constitue depuis longtemps une préoccupation. Dès décembre 2024, Anne Désirée Ouloto appelait les populations à ne pas contribuer à la sortie frauduleuse des produits agricoles ivoiriens vers les pays voisins.
« Soyons tous jaloux de nos produits agricoles », lançait-elle alors, rappelant que ces productions participent directement à la construction de l’économie nationale.
Cette question prend une résonance particulière dans un contexte régional marqué par les trafics transfrontaliers de cacao. Des travaux et enquêtes ont documenté les flux de cacao entre la Côte d’Ivoire et le Liberia, ainsi que les difficultés liées à la protection de l’origine des productions.
Pour Anne Désirée Ouloto-Lamizana, la logique est donc la même : protéger les richesses du Cavally, c’est protéger l’économie ivoirienne.
Une mobilisation qui dépasse la seule répression
La particularité de son approche réside dans l’importance accordée à la sensibilisation. Car fermer un site d’orpaillage illégal ne suffit pas si, quelques semaines plus tard, une autre exploitation apparaît ailleurs. La réponse doit donc être durable : sensibiliser les populations, responsabiliser les propriétaires terriens, impliquer les chefs traditionnels, mobiliser les jeunes, renforcer la vigilance communautaire et accompagner l’action des forces de défense et de sécurité.
C’est dans cette logique que la tournée de septembre 2026 a permis de placer successivement les différentes composantes de la société face à leurs responsabilités.
Cette mobilisation territoriale accompagne par ailleurs les actions menées par l’État ivoirien contre l’orpaillage illégal. Elle montre surtout que la lutte contre ce phénomène ne peut être gagnée sans l’adhésion des populations.
Dans le Cavally, Anne Désirée Ouloto-Lamizana veut ainsi installer une nouvelle culture de responsabilité : ne pas donner sa terre à l’orpaillage illégal, ne pas fermer les yeux sur les activités illicites et ne pas sacrifier l’avenir de la jeunesse au profit du gain facile.
Car derrière chaque hectare détruit, chaque cours d’eau pollué et chaque jeune exposé aux dérives de l’orpaillage, c’est une partie de l’avenir de la région qui est menacée. La bataille engagée dans le Cavally dépasse donc la seule question de l’or.
Elle concerne la préservation de l’environnement, la protection de l’agriculture, la sécurité des populations, l’avenir de la jeunesse et la sauvegarde des ressources qui doivent profiter aux générations futures.
Dans le Cavally, Anne Désirée Ouloto-Lamizana entend ainsi faire de la lutte contre l’orpaillage illégal une cause collective. Une mobilisation qui, au-delà de la répression, repose sur un principe simple : protéger aujourd’hui les richesses du territoire pour garantir demain le développement du Cavally et de la Côte d’Ivoire.
Dr KOFFI Konan Emmanuel