CAN 2032 : sécurité, diplomatie, infrastructures… les obstacles de la candidature Burkina-Mali-Niger

Mercredi 22 Juillet 2026 11:00

Validée au stade de la déclaration d'intérêt, la candidature de l'AES pour la CAN 2032 devra désormais convaincre la CAF sur la sécurité, la stabilité et l'organisation.


CAN 2010 en Angola : le drame du Cabinda reste un avertissement

Le drame du Togo en Angola reste dans toutes les mémoires

Parvenir à organiser une Coupe d’Afrique des nations est devenu bien plus qu’une question de stades modernes ou d’hôtels de qualité. Pour la Confédération africaine de football (CAF), l’attribution de la plus prestigieuse compétition du continent repose désormais sur une équation dans laquelle la sécurité, la stabilité politique, la coopération régionale et les garanties gouvernementales occupent une place aussi importante que les infrastructures sportives.
 

C’est dans ce contexte que le Burkina Faso, le Mali et le Niger, réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), ont officiellement lancé leur candidature commune pour accueillir la CAN 2032. La CAF a validé leur déclaration d’intérêt, première étape du processus. Les trois fédérations nationales sont désormais chargées d’élaborer un dossier technique détaillé répondant aux exigences de l’instance continentale.
 

Sur le papier, cette candidature constitue un symbole fort. Pour les dirigeants de l’AES, accueillir la CAN représenterait une démonstration de leur capacité à construire un projet régional d’envergure malgré leur rupture avec la CEDEAO et leur repositionnement géopolitique. Mais derrière cette ambition politique se dressent plusieurs interrogations majeures.
 
La sécurité, premier juge de paix

Depuis plusieurs années, le Burkina Faso, le Mali et le Niger figurent parmi les pays les plus durement touchés par les violences des groupes armés djihadistes avec plus de 30.000 personnes tuées.  Les attaques contre les civils, les forces de défense et les infrastructures publiques se multiplient, tandis que certaines régions échappent partiellement au contrôle des États. Les organisations internationales estiment que le Sahel central concentre aujourd’hui une part importante des victimes du terrorisme dans le monde. Pour la CAF, cette réalité ne peut être ignorée.
 

Une Coupe d’Afrique des nations mobilise plusieurs milliers de personnes : joueurs, délégations officielles, arbitres, journalistes, partenaires commerciaux, supporteurs et responsables politiques. La sécurité de chacun constitue une responsabilité majeure pour le pays organisateur. L’histoire du football africain rappelle d’ailleurs combien cette question est sensible.
 
CAN 2010 en Angola: le drame du Cabinda reste un avertissement 

Le 8 janvier 2010, à deux jours du début de la CAN en Angola, le bus transportant la sélection togolaise est pris dans une embuscade dans l’enclave du Cabinda. L’attaque, revendiquée par le Front de libération de l’enclave de Cabinda (FLEC), fait trois morts : l’entraîneur adjoint Abalo Améleté, l’attaché de presse Stanislas Ocloo et le chauffeur Mario Adjoua. Plusieurs joueurs et membres du staff sont également blessés. Ce drame demeure l’un des épisodes les plus tragiques de l’histoire de la compétition. Depuis lors, la CAF accorde une importance particulière aux évaluations sécuritaires avant toute désignation d’un pays hôte.
 

Sans établir de parallèle direct entre les contextes, ce précédent explique pourquoi les garanties de sécurité occupent aujourd’hui une place centrale dans l’examen des candidatures.
 
Une diplomatie régionale devenue plus complexe

Au-delà des enjeux sécuritaires, la candidature de l’AES intervient dans un contexte diplomatique profondément transformé.

Depuis leur retrait de la CEDEAO, les trois États entretiennent des relations parfois tendues avec plusieurs pays voisins. Les différends politiques, les fermetures ponctuelles de frontières et les échanges de déclarations entre autorités ont contribué à dégrader le climat de confiance dans la sous-région. Plusieurs épisodes ont illustré ces tensions, notamment l’affaire des 49 militaires ivoiriens arrêtés au Mali en 2022 dans le cadre d’une mission liée aux opérations des Nations unies, ainsi que l’incident impliquant un avion militaire nigérian en difficulté qui avait atterri à Bobo-Dioulasso et dont la situation avait suscité des tensions diplomatiques entre Ouagadougou et Abuja. D’autres différends ont également opposé les États de l’AES à des pays voisins, notamment le Bénin et, dans une moindre mesure, la Guinée. Ces événements ont laissé des traces dans les relations interétatiques, même si certains contentieux ont depuis connu des évolutions diplomatiques.
 

Pour la CAF, une compétition continentale suppose une coopération fluide entre les États africains, notamment pour la circulation des équipes, des officiels, des supporteurs et du matériel. 
 

Une question se pose donc : les délégations ivoiriennes, nigérianes ou béninoises se sentiraient-elles pleinement en confiance si elles venaient à se qualifier pour une CAN organisée dans l’espace AES ? Les tensions observées sur les réseaux sociaux entre certains internautes de ces pays et ceux de l’AES ne sauraient être assimilées à une hostilité générale des populations, mais elles constituent un élément de perception que les organisateurs devront prendre en compte.
 
La confiance des délégations sera déterminante

L’organisation d’une CAN ne consiste pas uniquement à construire ou à rénover des stades. Les fédérations qualifiées doivent être convaincues que leurs joueurs évolueront dans un environnement sécurisé, que leurs déplacements seront protégés et que les dispositifs sanitaires, logistiques et sécuritaires répondront aux standards internationaux. La perception internationale compte autant que les capacités réelles d’un pays. Or, l’image actuelle du Sahel demeure fortement associée aux risques sécuritaires, ce qui pourrait constituer un frein important lors de l’évaluation finale des candidatures.
 
Des infrastructures encore à démontrer

Le dossier de l’AES devra également convaincre sur le plan technique. La CAF exige notamment des stades homologués, des réseaux de transport performants, des capacités hôtelières suffisantes, des infrastructures médicales adaptées, des centres d’entraînement et des garanties financières solides.
 

Une organisation conjointe permet certes de mutualiser les investissements, mais elle suppose aussi une coordination administrative, logistique et politique particulièrement complexe entre trois États.
 
Une décision avant tout technique

À ce stade, aucune candidature n’a été retenue. La validation de la déclaration d’intérêt ne constitue pas une présélection. Elle autorise simplement les candidats à poursuivre le processus en préparant un dossier complet qui sera examiné par les commissions compétentes de la CAF. Le Sénégal, également candidat déclaré, entend s’appuyer sur son expérience organisationnelle et sur les investissements réalisés ces dernières années dans ses infrastructures sportives. Face à lui, l’AES défend une candidature porteuse d’un message politique d’intégration régionale. La décision finale reposera sur un ensemble de critères objectifs définis par la CAF, parmi lesquels les infrastructures, les capacités financières, les garanties gouvernementales, l’organisation logistique et les évaluations sécuritaires.
 
Entre ambition et réalité

La candidature du Burkina Faso, du Mali et du Niger constitue incontestablement l’un des projets sportifs les plus ambitieux jamais portés par l’Alliance des États du Sahel. Elle traduit la volonté des trois gouvernements d’inscrire leur coopération dans un cadre dépassant les seules questions militaires et diplomatiques. Mais l’ambition politique devra désormais être accompagnée de garanties concrètes.
 

Plus qu’un simple dossier administratif, la candidature de l’AES sera un test de crédibilité internationale. Pour convaincre la CAF, les trois États devront démontrer qu’ils sont en mesure d’offrir aux vingt-quatre sélections qualifiées un environnement conforme aux exigences d’une compétition continentale de premier plan.
 

L’enjeu dépasse le football : il s’agit de convaincre que le Sahel peut accueillir, dans des conditions optimales, l’un des plus grands événements sportifs d’Afrique.

 
 
 
Félix N'Guessan
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Félix N'Guessan