CAN 2025 : le Sénégal rattrapé par un lourd passif disciplinaire

Mercredi 18 Mars 2026 13:10

Sacré sur le terrain, le Sénégal perd son titre sur tapis vert, rattrapé par des dérives répétées qui ternissent son image.


Les Lions de la Teranga: un géant sportif incapable de maîtriser ses propres démons

 

Le football africain n’en finit plus de digérer le séisme provoqué par la décision de la Confédération Africaine de Football. Le 17 mars 2026, son Jury d’Appel a tranché : le Sénégal est déclaré forfait pour la finale de la CAN 2025, et le titre est officiellement attribué au Maroc. Un retournement spectaculaire qui dépasse le simple cadre sportif et pose une question de fond : le Sénégal est-il devenu son propre ennemi ?
 

Sur le terrain, les Lions de la Teranga pensaient avoir écrit une nouvelle page d’histoire. Portés par des individualités comme Édouard Mendy et Pape Gueye, ils avaient arraché la victoire au terme d’une finale tendue. Mais ce succès, déjà contesté pour un penalty litigieux en fin de match, s’est rapidement retrouvé éclipsé par des scènes de chaos : contestations virulentes, tensions entre bancs, et climat délétère dans les tribunes.
 

C’est précisément ce contexte qui a nourri la décision de la CAF. En s’appuyant sur les articles 82 et 84 de son règlement, l’instance a estimé que le comportement de la sélection sénégalaise constituait une violation grave des règles disciplinaires. Résultat : un match homologué sur tapis vert (3-0) et un trophée retiré. Un scénario rarissime à ce niveau de compétition.
 

Mais cette affaire ne surgit pas de nulle part. Elle s’inscrit dans une longue série de dérapages qui collent à l’image du football sénégalais. Déjà en 2012, lors d’une rencontre face à la Côte d’Ivoire à Dakar, des violences de supporters avaient entraîné l’interruption du match et la disqualification du Sénégal. Plus récemment, des incidents impliquant des clubs comme le Jaraaf de Dakar sur la scène continentale ont rappelé la persistance de ces dérives.
 

Même lors de la CAN 2024 à Abidjan, la défaite face à la Côte d’Ivoire avait donné lieu à des accusations de comportements déplacés : tensions avec les arbitres, accusations de tricherie, et altercations avec les adversaires. Une constante semble se dessiner : une difficulté à accepter aussi bien la défaite que la contradiction.
 

Dans ce contexte, la décision de la CAF apparaît moins comme une injustice isolée que comme l’aboutissement d’un passif disciplinaire lourd. Le Sénégal paie aujourd’hui le prix d’un problème structurel où les responsabilités sont rarement assumées, et où les débordements deviennent récurrents.
 

La Fédération sénégalaise de football n’entend toutefois pas en rester là. Elle prévoit de saisir le Tribunal Arbitral du Sport pour contester cette décision, dénonçant une sanction disproportionnée et tardive. L’argument principal repose sur le fait que la rencontre est allée à son terme et que le résultat a été acquis sur le terrain.
 

Reste que, au-delà du verdict juridique à venir, le mal est plus profond. Le Sénégal, malgré son immense potentiel footballistique, voit son image ternie par des comportements répétés qui fragilisent la crédibilité de ses succès. À force de tensions, de contestations et de débordements, les Lions de la Teranga donnent le sentiment d’un géant sportif incapable de maîtriser ses propres démons.
 

Le paradoxe est cruel : en cherchant à imposer sa domination, le Sénégal finit par s’auto-saboter. Champion sur la pelouse, il devient hors du terrain le principal artisan de sa chute. Une leçon sévère, qui rappelle que dans le football moderne, le talent ne suffit plus : sans discipline ni fair-play, même les victoires les plus éclatantes peuvent se transformer en revers historiques.


Félix N'Guessan