Burkina Faso : les emprunts de l’UEMOA à l’épreuve du discours sur les « fonds propres »

Mardi 13 Octobre 2026 13:00

Après avoir levé 40 milliards de FCFA sur le marché régional, Ouagadougou fait face à une question de cohérence entre son discours d’autonomie financière et ses besoins de financement.


Ibrahim Traoré face au défi du financement des projets burkinabè, entre fonds propres et emprunts régionaux.
 

Le discours sur la souveraineté économique se heurte parfois aux réalités budgétaires. Le Burkina Faso, qui met en avant sa volonté de financer certains projets sur fonds propres, vient de mobiliser 40 milliards de FCFA sur le marché financier de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Le 7 octobre 2026, le Trésor public burkinabè a réalisé cette levée pour contribuer au financement du budget de l’État. 
 

Cette opération intervient dans un contexte où les autorités burkinabè revendiquent une plus grande autonomie financière et critiquent régulièrement les choix de financement d’autres pays de la région, notamment la Côte d’Ivoire. Le recours au marché régional pose ainsi la question de la portée réelle du discours sur l’indépendance financière.
 

Le contraste est également perceptible dans le domaine des infrastructures. En décembre 2025, le président Ibrahim Traoré avait lancé le projet d’autoroute Ouagadougou-Bobo-Dioulasso, initialement présenté comme un ouvrage de 2 × 4 voies financé sur fonds propres. Il avait annoncé la mobilisation d’au moins 200 milliards de FCFA en 2026 pour soutenir le chantier. Toutefois, face aux réalités du terrain et aux contraintes de mise en œuvre, le projet aurait été revu à la baisse, avec une nouvelle configuration de 2 × 2 voies extensibles à terme à 2 × 4 voies.
 

La question des choix techniques et financiers reste néanmoins centrale. Les autorités burkinabè ont aussi évoqué une autoroute de 2 × 2 voies pour le projet Koudougou-Yako, distinct de l’axe Ouagadougou-Bobo-Dioulasso. Il convient donc de ne pas confondre les deux projets ni d’affirmer, sans confirmation officielle, que le tracé Ouaga-Bobo a été ramené à deux fois deux voies.
 

Au fond, emprunter n’est pas en soi contradictoire avec la souveraineté économique : les États mobilisent des ressources pour financer leurs budgets et leurs investissements. Le véritable enjeu réside dans la transparence des choix, le coût de la dette et la capacité à rembourser. Pour Ouagadougou, comme pour Abidjan, la crédibilité se mesurera autant aux réalisations qu’à la cohérence entre les discours et les pratiques financières.

Félix N'Guessan
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Félix N'Guessan