Le secteur minier burkinabè connaît un tournant majeur. Le gouvernement a autorisé l’exploitation industrielle de la mine d’or de Bouboulou par la société publique SOPAMIB Bouboulou S.A., une filiale de la Société de Participation minière du Burkina (SOPAMIB). Cette décision marque le retour de l’État comme opérateur direct dans l’exploitation aurifère, après plusieurs décennies dominées par les compagnies privées.
Située dans la commune de Yako, dans la région du Yaadga, la mine de Bouboulou dispose d’importantes réserves estimées à 10,77 millions de tonnes de minerai. Avec une teneur moyenne de 0,64 gramme d’or par tonne et un taux de récupération métallurgique de 88 %, le site devrait produire environ 7,27 tonnes d’or sur une période d’exploitation de quinze ans.
Pour les autorités burkinabè, ce projet traduit une nouvelle vision de la gestion des ressources naturelles. Le ministre de l’Énergie, des Mines et des Carrières, Yacouba Zabré Gouba, a présenté cette initiative comme une rupture avec l’ancien modèle minier, dans lequel l’État se limitait essentiellement à accorder des permis aux opérateurs privés.
« C’est une révolution qui est en marche dans le secteur minier. C’est la rupture avec un modèle de concession passive pour que l’État lui-même puisse devenir un acteur industriel à part entière », a déclaré le ministre à l’issue du Conseil des ministres.
Un investissement stratégique pour les finances publiques
Le développement de la mine de Bouboulou représente un investissement supérieur à 32 milliards de FCFA. Selon les prévisions officielles, le projet devrait générer près de 39 milliards de FCFA de recettes directes pour l’État, sans compter les dividendes futurs liés à la participation publique.
Dans le détail, les autorités estiment à plus de 34,5 milliards de FCFA la contribution de cette exploitation au budget national. Le Fonds minier de développement local devrait également bénéficier d’une enveloppe de plus de 4,4 milliards de FCFA afin de soutenir des actions au profit des collectivités concernées.
Une provision de près de 966 millions de FCFA est par ailleurs prévue pour financer la réhabilitation et la fermeture du site à la fin de son exploitation, conformément aux exigences environnementales du secteur minier.
Plus de 1 200 emplois attendus
Au-delà des retombées financières, la mine de Bouboulou devrait avoir un impact économique et social important. Le projet prévoit la création et le maintien de plus de 1 200 emplois directs et indirects, offrant de nouvelles opportunités aux populations locales.
Cette première mine d’or publique s’inscrit dans la volonté affichée des autorités burkinabè de renforcer la souveraineté économique du pays. Depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré, plusieurs réformes ont été engagées afin d’accroître la maîtrise nationale des ressources minières, notamment à travers le renforcement de la SOPAMIB.
Avec Bouboulou, Ouagadougou ambitionne désormais de passer d’un rôle de simple régulateur à celui d’acteur industriel capable de participer directement à la création de valeur dans un secteur stratégique. Une orientation qui pourrait redessiner progressivement le paysage minier du Burkina Faso, l’un des principaux producteurs d’or du continent africain.