Burkina Faso : des journalistes soumis à une formation militaire au nom du « patriotisme »

Samedi 15 Aout 2026 18:00

À Ouagadougou, 44 journalistes ont suivi six jours de formation à caractère militaire. Une initiative qui ravive les inquiétudes sur la liberté de la presse.


 

Au Burkina Faso, la frontière entre journalisme et mobilisation patriotique se resserre davantage. Quarante-quatre journalistes, hommes et femmes issus de médias publics et privés, ont participé à une formation de six jours organisée dans une école de police près de Ouagadougou. Présentée par les autorités comme une « immersion patriotique », cette initiative s’inscrit dans un dispositif imposé aux médias dans un pays confronté depuis plus d’une décennie aux violences de groupes armés jihadistes. Sous le régime du capitaine Ibrahim Traoré, arrivé au pouvoir à la faveur d’un coup d’État en 2022, les autorités mettent régulièrement en avant la défense de la souveraineté et la mobilisation nationale.
 

Les images diffusées par la télévision publique RTB montrent les participants en uniforme militaire, certains tenant des fusils, au garde-à-vous devant le ministre de la Communication, Pingdwende Gilbert Ouedraogo. « Allez-vous être des journalistes patriotiques et professionnels ? », leur a-t-il demandé. Les participants ont répondu collectivement par l’affirmative. Cette formation suscite toutefois de vives préoccupations chez les défenseurs de la liberté de la presse. Pour Reporters sans frontières, il s’agit d’un « signal nouveau et très inquiétant ». L’organisation estime que les journalistes ne doivent pas être transformés en relais de l’effort de guerre ni assimilés à des militaires.
 

Le contexte burkinabè nourrit ces inquiétudes. Plusieurs médias ont été suspendus ces dernières années, tandis que des organisations de défense des droits humains rapportent l’enrôlement forcé de journalistes critiques du pouvoir. La formation imposée aux professionnels des médias intervient alors que les élèves du secondaire sont eux aussi soumis, depuis 2025, à un dispositif similaire dans le cadre de leur parcours scolaire. 
 

Pour le gouvernement, cette politique vise à renforcer le patriotisme et la cohésion nationale face à la crise sécuritaire. Pour les organisations de défense des médias, elle pose surtout une question essentielle : jusqu’où peut aller la mobilisation patriotique sans compromettre l’indépendance du journalisme ?

Félix N'Guessan
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Félix N'Guessan