Burkina Faso : Human Rights Watch dénonce des crimes de guerre et des persécutions ethniques

Jeudi 2 Avril 2026 17:00

Un rapport accablant de Human Rights Watch révèle que l’armée, ses miliciens et le JNIM auraient tué plus de 1 800 civils depuis 2023, ciblant notamment la communauté peule.


Les VDP, miliciens civils, au cœur des violences documentées par Human Rights Watch.
 

Depuis 2023, le Burkina Faso est le théâtre d’exactions dramatiques impliquant l’armée nationale, ses supplétifs civils – les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) – et le groupe djihadiste JNIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans). Selon un rapport publié ce jeudi par Human Rights Watch (HRW), ces trois acteurs seraient responsables de la mort de plus de 1 800 civils, ainsi que du déplacement forcé de dizaines de milliers de personnes.
 

Le rapport, basé sur quelque 450 entretiens avec des victimes d’abus au Burkina Faso et dans les pays voisins – Bénin, Côte d’Ivoire, Ghana et Mali – décrit des scènes de violence extrême. Amadou, survivant d’une attaque à Yaho, raconte : « Les VDP nous ont encerclés et nous ont dit de regarder ce qu’ils allaient faire. Il y avait des gens qui avaient été poignardés avec des barres de fer. Une fois qu’ils ont fini de les poignarder, ils leur ont tranché la gorge ».
 

Human Rights Watch qualifie ces exactions de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, soulignant que les deux camps, gouvernemental et djihadiste, sont responsables. L’ONG appelle la Cour pénale internationale à ouvrir un examen préliminaire sur la situation au Burkina Faso.
 
Des civils armés contre d’autres civils

Les VDP, constitués de civils devenus miliciens pour épauler l’armée dans la lutte contre le terrorisme, sont au cœur des accusations. Leur nombre est estimé à plusieurs dizaines de milliers. Selon HRW, ces miliciens, en collaboration avec l’armée, ont participé à des attaques ciblant particulièrement la communauté peule. Les violences incluent des tueries de familles entières, l’incendie et le pillage de villages, forçant des centaines de milliers de personnes à fuir.
 
Des preuves irréfutables

Le rapport ne se limite pas aux témoignages : il repose également sur des analyses de photos, vidéos et images satellites montrant des hameaux incendiés, des fosses communes et des convois militaires. HRW souligne l’opacité autour du nombre exact de victimes, aucun mécanisme officiel n’étant mis en place pour recenser les morts.
 

Pour la seule période 2016-2026, l’organisation Acled estime qu’au moins 10 600 civils ont été tués dans le pays, et souligne que plus de la moitié des incidents recensés par HRW n’apparaissent pas dans leurs bases de données, illustrant la difficulté d’obtenir des informations fiables sur le terrain.
 

Ce rapport met en lumière une tragédie humanitaire qui, malgré les appels internationaux, reste largement invisible et démontre la complexité d’un conflit où civils et milices locales se retrouvent pris entre deux feux.

Félix N'Guessan
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Félix N'Guessan