Dans la zone portuaire de Vridi, à Abidjan, les moteurs tournent au ralenti et les regards sont lourds d’inquiétude. Alignés devant les entrepôts de riz et les dépôts de carburant, des dizaines de camions maliens attendent de reprendre la route vers Bamako. Depuis les récentes attaques survenues au Mali, chaque départ est devenu une décision difficile.
Pour Ousmane Diarra, chauffeur routier, la peur s’est installée dans les habitudes. « On préfère stationner les camions avant de repartir. Si un véhicule est bloqué sur la route, les pertes sont énormes », confie-t-il. Comme lui, de nombreux transporteurs redoutent les conséquences de l’insécurité sur ce corridor stratégique reliant la Côte d’Ivoire au Mali.
Pourtant, officiellement, aucune route n’est fermée. Les autorités ivoiriennes et maliennes tentent de rassurer les opérateurs économiques. A la gare de fret de l’Office ivoirien de chargement, les convois continuent de quitter Abidjan sous surveillance renforcée. Riz, sucre, blé ou carburant poursuivent leur trajet vers Bamako à un rythme presque inchangé.
Mais derrière cette apparente normalité, la tension est palpable. Les transporteurs multiplient les précautions et coordonnent davantage leurs départs. Le corridor Abidjan-Bamako reste en effet essentiel aux échanges commerciaux et à la vie de millions de Maliens installés en Côte d’Ivoire.
Pour certains chauffeurs, la principale difficulté ne se trouve pourtant pas au Mali. Oumar Sako, de retour de Bamako après trois jours de route, dénonce surtout le racket routier sur le territoire ivoirien. Selon lui, les contrôles répétitifs et les paiements imposés aux différents postes constituent un véritable fardeau pour les transporteurs.
Malgré l’angoisse et les tensions sécuritaires, la route continue donc de vivre, symbole d’une interdépendance économique que ni la peur ni les menaces ne parviennent encore à interrompre.