André Silver Konan, la sauce feuille et les illusions perdues des étudiants burkinabè

Mardi 27 Octobre 2026 08:50

Partis d’Abidjan en héros du retour au pays, certains étudiants burkinabè découvrent que le paradis vendu sur les réseaux sociaux n’était peut-être qu’une publicité bien montée.


André Silver Konan met en garde les étudiants burkinabè : entre les illusions vendues sur les réseaux sociaux et les réalités du terrain, mieux vaut réfléchir avant de publier !

Partis d’Abidjan sous les applaudissements numériques, certains étudiants burkinabè découvrent que le pays vendu sur les réseaux sociaux n’est pas toujours celui des rues. Entre sauce feuille sans viande et liberté d’expression sous pression, le réveil risque d’être brutal !
 
Le voyage au pays des surprises

Il fallait voir l’enthousiasme ! Des cars, des valises, des caméras, des publications triomphantes et des discours patriotiques à faire trembler les algorithmes. Certains étudiants burkinabè vivant en Côte d’Ivoire ont pris la route de Ouagadougou avec la détermination de ceux qui pensent avoir enfin découvert le secret du bonheur. À les entendre, quitter la Côte d’Ivoire pour le Burkina Faso relevait presque d’un acte héroïque. Abidjan pouvait garder ses embouteillages, ses wôrô-wôrô et ses garbadrômes : le véritable avenir se trouvait désormais au pays des hommes intègres !
 

Les cars ont donc démarré, accompagnés de grands coups de communication. Sur les réseaux sociaux, le retour au bercail avait des allures de pèlerinage vers l’Eldorado. On aurait presque cru que les bus transportaient de futurs ministres, des prix Nobel et quelques inventeurs du développement accéléré. Il ne manquait que le tapis rouge à l’arrivée et une fanfare pour accueillir ces enfants prodigues qui avaient choisi de retrouver la mère patrie.
 

Seulement voilà : entre le Burkina Faso des vidéos promotionnelles et celui de la vie quotidienne, il y a parfois plus de distance qu’entre Abidjan et Ouagadougou.
 

À peine arrivés, certains découvrent que la capitale burkinabè n’est pas Abidjan, que les routes ne sont pas toutes des boulevards, que la poussière ne demande pas de visa pour circuler et que la sauce feuille peut parfaitement faire connaissance avec votre assiette sans que la viande ne soit invitée à la cérémonie.
 

Le choc est rude. Très rude !
 

Les mêmes téléphones qui servaient hier à célébrer le départ et à distribuer les bons points patriotiques se transforment soudain en caméras d’investigation. Les étudiants filment les rues, commentent les repas, s’étonnent des réalités urbaines et publient leurs découvertes. À croire qu’ils avaient quitté Abidjan avec la conviction qu’à Ouagadougou, les routes étaient repassées au fer, les repas servis par des chefs étoilés et les infrastructures sorties tout droit d’un catalogue de Dubaï.
 

La réalité, elle, n’a manifestement pas reçu le programme du voyage.

 
De la publicité au service après-vente

C’est là que commence le véritable spectacle. Avant le départ, on vendait presque le rêve en promotion. Après l’arrivée, voilà que certains réclament le service après-vente !
 

Le problème, c’est qu’un pays n’est pas un téléphone acheté avec une garantie de satisfaction. On ne peut pas débarquer avec ses attentes, constater que le décor ne correspond pas à la bande-annonce et exiger un remboursement à la frontière.
 

Certes, les étudiants ont le droit d’être déçus. Ils ont aussi le droit de parler des difficultés qu’ils rencontrent. Mais il est tout de même curieux de découvrir les réalités d’un pays après y être arrivé, alors que l’on semblait si sûr de son choix quelques jours auparavant. Avant de prendre le car, on aurait peut-être pu faire un petit tour d’horizon, consulter autre chose que les vidéos les plus flatteuses et demander à ceux qui vivent sur place comment se déroule réellement la vie quotidienne.
 

Mais non ! Dans l’ère des réseaux sociaux, il arrive que la décision précède l’information, que la communication remplace l’analyse et que le patriotisme se mesure au nombre de publications partagées.
 

Résultat : certains sont partis pour donner une leçon aux Ivoiriens et découvrent maintenant qu’ils ont eux-mêmes quelques leçons à apprendre. La vie a parfois un sens de l’humour redoutable !
 
Silver Konan sort le sifflet

C’est dans cette ambiance qu’intervient le journaliste André Silver Konan. Dans une publication sur sa page officielle, il rappelle fermement aux étudiants que le Burkina Faso d’Ibrahim Traoré ne fonctionne pas nécessairement selon les mêmes règles que la Côte d’Ivoire d’Alassane Ouattara, notamment en matière de liberté d’expression.
 

En clair, Silver Konan leur conseille de ranger un peu les caméras avant que leurs vidéos ne leur attirent des ennuis bien plus sérieux que les commentaires désobligeants sous leurs publications.
 

Son avertissement est particulièrement sévère. Il évoque les risques d’enlèvement, d’emprisonnement ou d’envoi au front pour ceux qui persisteraient dans leurs critiques. Des risques qu’il attribue au contexte burkinabè actuel et à la faible tolérance dont bénéficieraient certaines voix critiques.
 

Le message est donc limpide : on peut avoir l’habitude de plaisanter sur les bus bondés, les rues poussiéreuses ou les repas en Côte d’Ivoire sans mesurer que la même publication peut être reçue tout autrement ailleurs.
 

Sur ce point, mieux vaut comprendre rapidement que les réseaux sociaux sont internationaux, mais que les conséquences d’une publication ne le sont pas forcément. Le bouton « publier » est le même à Abidjan et à Ouagadougou. Le service après-publication, lui, peut être radicalement différent.
 

Et c’est précisément là que l’humour devient sérieux. Car si l’on peut rire d’une sauce sans viande, personne ne devrait avoir à payer de sa liberté ou de sa sécurité pour avoir commenté un repas.
 
Le patriotisme n’est pas un filtre Instagram

Il faut tout de même reconnaître une chose : aimer son pays ne signifie pas prétendre qu’il n’a aucun problème. Le patriotisme n’est ni un filtre Instagram qui embellit les routes, ni une application capable d’ajouter de la viande dans la sauce feuille.
 

Les étudiants peuvent aimer le Burkina Faso et constater ses difficultés. Ils peuvent vouloir y étudier, y construire leur avenir et contribuer à son développement sans devoir transformer chaque réalité désagréable en motif de honte. Un pays se construit aussi en regardant ses problèmes en face.
 

Mais le patriotisme mérite mieux que les concours de dénigrement entre voisins. Il n’est pas nécessaire d’humilier la Côte d’Ivoire pour défendre le Burkina Faso, pas plus qu’il n’est nécessaire de ridiculiser le Burkina Faso pour apprécier les acquis ivoiriens.
 

Le véritable problème commence lorsque la comparaison devient une compétition de propagande. On présente un pays comme un paradis, l’autre comme un enfer, puis les voyageurs découvrent que la géographie n’obéit pas aux slogans. Et lorsque le réel refuse de jouer son rôle dans le scénario, ce sont les téléphones qui prennent la parole.
 
Attention, le retour n’est pas toujours dans le même car !

Au fond, l’affaire ressemble à une comédie en plusieurs actes. Acte un : les grands discours, les cars et les adieux presque triomphaux à Abidjan. Acte deux : l’arrivée à Ouagadougou et la découverte du menu, des routes et des habitudes locales. Acte trois : les vidéos de désillusion. Acte quatre : l’avertissement de Silver Konan.
 

Il manque encore le dernier épisode, et c’est précisément celui qu’il faut éviter de transformer en drame.
 

Car les étudiants ont encore le temps de tirer les leçons de cette expérience. Ils peuvent apprendre à mieux connaître leur pays, à comprendre ses réalités et à exprimer leurs préoccupations avec discernement. Mais ils doivent surtout mesurer les risques évoqués par Silver Konan et ne pas confondre liberté de publication, imprudence et courage.
 

Quant aux organisateurs des convois et aux promoteurs du retour au pays, ils gagneraient à accompagner leurs campagnes de communication d’une bonne dose de réalisme. Un voyage d’études ne devrait pas être vendu comme un séjour touristique dans un paradis imaginaire. Les étudiants ont besoin d’informations fiables sur les universités, les conditions de logement, les transports, l’alimentation et les réalités de la vie quotidienne.
 

En définitive, il faut espérer que cette aventure serve de leçon à tout le monde : aux étudiants qui ont peut-être cru trop vite aux belles images, aux communicants qui confondent parfois promotion et réalité, et aux autorités qui devraient comprendre qu’un pays ne devient pas plus attractif en masquant ses difficultés.
 

Et si, après tout cela, la sauce feuille reste sans viande, il faudra bien trouver une solution à ce problème culinaire. Pour le reste, les étudiants ont intérêt à réfléchir avant de publier : à Ouagadougou comme ailleurs, mieux vaut connaître les règles du jeu avant de se lancer dans le commentaire sportif.
 

Moralité : avant de quitter Abidjan pour l’Eldorado annoncé, vérifiez d’abord si le paradis existe ailleurs que dans les vidéos. Et surtout, assurez-vous que votre liberté d’expression a bien son billet dans le car !
 

Félix N'Guessan
Lu 3 fois
Félix N'Guessan