AES : Bamako de plus en plus isolé

Jeudi 4 Juin 2026 10:00

Au sein de l’AES, les divergences diplomatiques et les choix nationaux accentuent les tensions, renforçant l’impression d’un isolement progressif de Bamako face à ses partenaires.


Assimi Goita.
 

Les récents développements diplomatiques au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES) mettent en lumière un déséquilibre croissant entre ses membres. Alors que l’alliance était présentée comme un bloc de solidarité et de rupture stratégique, les réalités nationales semblent aujourd’hui primer sur la cohésion collective, accentuant l’isolement progressif de Bamako.
 

Le rapprochement du Niger et du Burkina Faso avec Alger, notamment à travers des coopérations énergétiques et politiques, illustre ce glissement. Face à des besoins internes pressants, en particulier en matière d’électricité et de stabilité sécuritaire, Niamey et Ouagadougou privilégient des partenariats bilatéraux jugés plus immédiats et pragmatiques. Ces choix, dictés par l’urgence, fragilisent la posture commune initialement affichée par l’AES.
 

Dans le même temps, le Mali multiplie ses repositionnements diplomatiques, notamment sur des dossiers sensibles comme celui du Sahara occidental. Ces orientations, différentes de celles de ses partenaires, contribuent à créer des lignes de fracture au sein de l’alliance. Là où Bamako cherche à diversifier ses appuis stratégiques, ses partenaires semblent davantage concentrés sur des solutions de court terme liées à leurs contraintes internes.
 

Par ailleurs, le Mali a ravivé ses relations commerciales avec la Côte d’Ivoire, dont il dépend à plus de 70 % pour ses échanges commerciaux. Il maintient également une forte dépendance énergétique vis-à-vis d’Abidjan, qui assure une part importante de son approvisionnement. Dans un contexte de tensions régionales, alors que Ouagadougou et Niamey avaient pris leurs distances avec Abidjan lors de la « crise des moutons » post-tabaski, Bamako a profité de cette situation pour rouvrir ses frontières et renforcer l’approvisionnement en bétail sur le marché ivoirien.
 

Un fait également moins anodin mérite d’être relevé : lors des récentes attaques à Bamako, ayant entraîné notamment des pertes au sein de l’appareil sécuritaire malien, les partenaires de l’AES n’ont pas été véritablement engagés aux côtés du Mali. Niamey et Ouagadougou se sont limités à des condamnations et à un discours récurrent attribuant ces attaques à une même source d’influence extérieure, illustrant une posture perçue comme distante face aux enjeux sécuritaires communs.
 

Cette divergence de trajectoires met en évidence les limites d’une intégration régionale encore en construction. Loin d’un bloc homogène, l’AES apparaît plutôt comme un espace de convergences temporaires, où chaque État ajuste sa diplomatie en fonction de ses priorités propres, qu’elles soient énergétiques, sécuritaires ou économiques.
 

Dès lors, la question centrale demeure celle de la viabilité d’une telle alliance. Peut-elle survivre à la multiplication des choix nationaux divergents sans mécanisme solide de coordination politique ? L’isolement progressif de Bamako ne traduit peut-être pas une rupture définitive, mais il révèle surtout la fragilité d’un projet régional encore soumis aux contraintes du réalisme géopolitique.

 
Félix N'Guessan
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Félix N'Guessan