Sous le soleil brûlant de Niamey, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées pour affirmer leur soutien aux militaires au pouvoir et protester contre la récente résolution du Parlement européen. Adoptée presque à l’unanimité, cette résolution exige la libération "immédiate et inconditionnelle" du président déchu Mohamed Bazoum et un retour à l’ordre constitutionnel.
À Bruxelles, l’eurodéputé français Christophe Gomart, initiateur du texte, explique que la mesure vise à protéger les droits fondamentaux de Mohamed Bazoum et de son épouse, retenus depuis trop longtemps. Selon lui, l’Union européenne avait la responsabilité d’intervenir sur le plan humain, même si le texte ne se prononce pas sur les accusations portées contre l’ancien président. Sur 555 votants, 524 ont approuvé la résolution, seulement deux ont voté contre et 29 se sont abstenus.
À Niamey, l’accueil est tout autre. Pour les autorités de transition et une partie de la société civile, ce vote est perçu comme une intrusion dans les affaires du Niger. Certains dénoncent la manigance d’acteurs étrangers, d’autres rappellent que la souveraineté nationale ne se négocie pas et que les Nigériens doivent gérer leurs affaires politiques eux-mêmes. Les craintes d’ingérence et de contrôle des ressources naturelles alimentent la colère des manifestants.
Mais tous ne partagent pas ce point de vue. Le journaliste et militant des droits humains Mamane Kaka Touda soutient la résolution et estime qu’il est crucial que la justice fasse son travail si des accusations pèsent sur Mohamed Bazoum. À ses côtés, Alioune Tine, fondateur de l’Afrikajom Center, dénonce cette détention prolongée comme injuste et absurde, rappelant l’importance de Bazoum dans la coopération sécuritaire entre le Niger et l’Europe, notamment dans la lutte contre les groupes djihadistes.
L’eurodéputé Christophe Gomart insiste également sur l’impact sécuritaire de cette situation : depuis la détention de Bazoum, les trafics d’armes et l’instabilité ont augmenté, rendant le retour à l’ordre constitutionnel urgent. Les comparaisons avec d’autres dirigeants internationaux, comme Nicolás Maduro, sont rejetées par Bruxelles, soulignant que le cas de Bazoum est unique et légitime.
La date symbolique du 2 avril, fin officielle du mandat de Mohamed Bazoum, est évoquée par les défenseurs des droits humains comme un repère pour sa libération, tandis que le respect des engagements de transition par le CNSP reste un point surveillé avec attention. Pour Mamane Kaka Touda, il ne s’agit pas de refuser la coopération étrangère, mais de s’assurer qu’elle profite réellement à la population, dans une logique gagnant-gagnant.